Kategoriarkiv: Le mot de la semaine 2008—2013

Le mot de la semaine : « vintertid »

Une heure de plus ce week-end, j’aime ! 🙂

Cette nuit, l’Europe entière a reculé ces horloges d’une heure de sorte qu’il est, au moment où j’écris, 18 heures au lieu de 19 heures. Le soleil se lève plus tôt, mais se couche aussi plus tôt, et ici, ça se remarque vraiment : vers 16 heures, il commence sa descente et il fait maintenant nuit noir depuis un petit moment. J’attends avec impatience le premier de l’avent où toutes les fenêtres s’illumineront d’étoiles et de chandeliers électriques.

N’empêche, j’apprécierai vraiment de voir la lumière du jour demain matin, à mon réveil vers 6 heures. 🙂

Mais comment fait-on pour savoir si on doit avance ou reculer sa montre ?

Voici le truc suédois : « Sommartid: man ställer fram grillen. Vintertid: man ställer tillbaka grillen. » (= Heure d’été : on sort le barbecue. Heure d’hiver : on rentre

le barbecue.)

« Fram » veut dire « en avant » — donc on avance la montre d’une heure (et on ”perd” une heure. « Tillbaka » signifie « en arrière » — on recule donc la montre d’une heure (et on en ”gagne” une).

« Vintertid » est composé de « vinter » [vinetère] = hiver, et de « tid » [tide] = temps. « Sommar » [somare], si vous vous souvenez, est l’été.

en tid [ène tide] = un temps

tiden [tidène] = le temps

tider [tidère] = des temps

tiderna [tidèrena] = les temps

Attention, « tid » ne s’utilise que dans les notions de temps plus ou moins longues. Pour ce qui est du temps dans le sens météorologique, on dit « väder, ett väder, vädret ». Mais on parlera de la pluie et du beau temps un autre jour. 😉

Le mot de la semaine : « under jord »

La Vieille Ville de Stockholm est une mine d’or pour les historiens et archéologues fana du Moyen-Âge. De nombreux restaurants ont leur salle en sous-sol, dans d’anciennes caves voûtées aux murs de briques rouges.

Il y a des restes de vieux bâtiments, comme par exemple le couvent des frères dominicains, également appelés, en suédois, « svartbröderna » = les frères noirs, car ils portaient un manteau noir à capuchon, à la différence des « gråbröderna » = les frères gris, les franciscains, qui portaient un manteau gris.

Ce couvent fut fondé par le roi Magnus IV de Suède (1316-1371) en 1336 et détruit en 1407 par un incendie qui ravagea toute l’île. Il fut reconstruit puis finalement dissout par Gustav Vasa en 1528 au cours de la Réformation, pour entre autre réutiliser une partie du matériau de construction pour l’édification du château Tre Kronor (Trois Couronnes).

On croit que la cave du couvent, qui a survécu jusqu’à nos jours, fut utilisée comme refuge par des pèlerins. En effet, dans l’église attenante au couvent, il y avait un retable en argent doré (aujourd’hui disparu – peut-être fondu par Gustav Vasa pour le convertir en monnaie), représentant la descente de la croix. Ce retable s’appelait « Helga lösen » [‘hèlega leusène] car il avait la réputation de guérir si on venait y prier et promettre de faire pénitence.

Cette cave est maintenant gérée par le Medeltidsmuseum (musée du Moyen-Âge) de Stockholm qui y organise des visites guidées.

(Plus d’images ici)

« Under jord » [unedeure yourde] signifie « sous terre ».

Quelques mots dérivés de cette expression :

« underjorden » [unedeureyourdène] = sous-sol ou … les enfers

« underjordisk » [unedeure yourdiske] = souterrain

« att gå underjord » [ate gau unedeureyourde] = devenir clandestin

Le mot de la semaine : « tunnelbana »

Cette année, le métro de Stockholm fête ses 60 ans. Le samedi 16 octobre, il y avait à cette occasion une petite exposition et un orchestre qui jouait de la musique à la station de Slussen, une des trois premières stations à être inaugurée le 1 octobre 1950. Un bus vétéran faisait aussi l’aller-retour entre Slussen et le musée du tramway de Stockholm.

Ce musée, ouvert depuis 1944, expose une soixantaine de wagons de tramway, métro et bus retraçant ainsi l’histoire des transports en commun à Stockholm.

C’est un musée très sympa pour les enfants qui peuvent le traverser dans un petit train et qui apprécient sans aucun doute de se mettre aux commandes des divers wagons.

En 1958, une femme est pour la première devenue chauffeur de bus et l’uniforme comportait un pantalon. Les kiosques vendaient déjà le même genre de produits qu’aujourd’hui.

Le musée explique également le travail de SL (l’équivalent de la RATP) pour permettre au maximum de gens de prendre les transports en commun, quelque soit l’handicap : ouïe, vue, moteur, allergies. Voici par exemple l’évolution à travers les années, de droite à gauche, de l’accès aux bus, tramways et métro : deux marches, puis une, puis une rampe, puis à niveau avec le trottoir ou le quai.

Le tramway connaît une renaissance actuellement dans la capitale suédoise. L’ancienne ligne entre Dramaten et Skansen a été rénovée et prolongée cet été, et conduit désormais de Sergels torg au musée de Waldemarsudde. L’avantage du tramway sur le bus est qu’il transporte plus de passagers et est moins dépendant des problèmes de circulation.

Je suis rentrée du musée du tramway avec un bus à impériale datant de 1967. Assise à l’étage, tout à l’avant, j’ai pu admirer la ville d’un peu plus haut. Un tel bus est devenu rare dans le trafic de nos jours, et à sa vue, beaucoup de gens souriaient et sortaient leur appareil-photo. Tout comme moi. 🙂

Le mot de la semaine est formé des mots « tunnel » et « bana » = voie (éventuellement ferrée), rails. Il s’abrège souvent « t-bana ».

en tunnelbana [ène tunèlebâna] = un métro

tunnelbanan [tunèlebânane] = le métro

tunnelbanor [tunèlebânôre] = des métros

tunnelbanorna [tunèlebânôr(e)na] = les métros

Les mots de la semaine : « polska, svenska, franska… »

Il y a des circonstances dans lesquelles j’apprecie encore plus ma vie a l’epoque actuelle, l’ere de la technologie internet, celle-la meme qui me permet de ne pas priver mes fideles lecteurs de leur billet dominical desormais habituel, meme lorsque je suis en vacances. Par contre, mes lecteurs devront faire eux-memes l’effort de rajouter les accents la ou ils doivent etre, car je ne reussis pas a comprendre comment les faire sur un clavier polonais … (On ne peut pas tout avoir.)

Oui, je suis en Pologne, en vacances courtes — ou en week-end prolonge, c’est selon l’humeur 😉 — pour recuperer un peu apres ces dernieres semaines de folie. Je marche beaucoup et profite intensement  d’une ville etonnante et de ces parcs magnifiquement multicolores sous un soleil automnal a la lumiere chaude et caressante. J’ai eu le privilege de voir des ecureuils et des paons de tres pres (j’illustrerais de quelques photos des mon retour), j’ai eu le plaisir de decouvrir de nouvelles architectures innovantes et en meme temps puisant dans la tradition classique, je me laisse bercer de la langue chantante polonaise faute de pouvoir la comprendre (a l’exception de quelques mots par-ci par-la). Pourtant, j’ai fait un an de polonais a l’universite de Stockholm il y a cinq-six ans, mais mes connaissances d’alors sont bien enfouies quelque part dans mon cerveau …

Pourquoi la Pologne ? Pourquoi le polonais, cette langue si difficile ? Car je suis d’origine polonaise, tout simplement, et parce que j’ai passe quelques vacances d’ete dans ce beau pays a la nature sauvage, il y a de cela … 15 ans. Inutile de vous dire que je ne reconnais pas grand chose de la capitale, a part la Vieille Ville et l’incontournable Palais de la Culture. C’est donc pour moi l’occasion d’une re-decouverte, qui n’est pas sans charme. Si j’ai des souvenirs precis de la Pologne d’il y a 15 ans, ils sont surtout gastronomiques, mais je n’ai pas (encore) eu l’occasion de les revivre.

Les mots de la semaine font reference aux langues :

polska = polonais

svenska = suedois

franska = francais

engelska = anglais

Jag talar franska = Je parle francais.

Jag talar inte polska = Je ne parle pas polonais.

Le mot de la semaine : « inviga »

Deux ans de travail, dont un mois de montage acharné, ont abouti à une exposition grandiose, magnifique, époustouflante ! « Härskarkonst » en suédois, «Staging Power » en anglais, « Arts du pouvoir (ou des pouvoirs) » en français ou encore, comme l’écrit l’ambassade de France à Stockholm, « Le Pouvoir en Scène ». Le sous-titre est « Napoléon — Charles Jean — Alexandre », faisant ainsi référence aux trois souverains contemporains du premier empire français.

Les journaux parlaient de l’exposition avant même qu’elle ouvre. Les attentes sont élevées, les premières critiques sont bonnes, le suspens est presque intenable : on veut savoir ce que les gens en pensent, en bien ou en mal. J’ai hâte de connaître les chiffres de visite de ce premier week-end !

Cette dernière semaine a été celle des derniers détails, des dernières corrections (même on trouve encore des erreurs …), avant l’inauguration officielle le 29 et les vernissages pour le grand public le 30 septembre.

« Inviga » veut dire inaugurer ; « en invigning » est une inauguration.

han inviger [‘hane in(e)vigeure] = il inaugure

han har invigt [‘hane ‘har in(e)vig(e)te] = il a inauguré

han invigde [‘hane in(e)vig(e)dé] = il a inauguré

han ska invinga [‘hane ska in(e)viga] = il inaugurera

Mais qui est-il ? Sa Majesté le roi de Suède en personne, Carl XVI Gustav, puisqu’il patronne l’exposition et est un des prêteurs les plus importants avec une soixante d’objets (l’exposition en compte un peu plus de 400 au total). Oui, c’était « en kunglig invigning » [ène kungligue in(e)vigningue], une inauguration royale avec discours de la conservatrice en chef du musée, Solfrid Söderlind, du commissaire de l’exposition, Magnus Olausson (traduit en russe par ma collègue, puis en français par moi car il y avait des invités russes et français), puis du roi lui-même.

Pendant que le roi et la reine de Suède visitaient l’exposition au calme, avec une suite de quelques dizaines de personnes, le reste des invités socialisaient et papotaient dans l’escalier majestueux du Nationalmuseum, un verre de Dom Pérignon en main, avant de pénétrer dans les salles d’exposition.

Deux heures plus tard, après le départ des têtes couronnées, l’inauguration étaient suivie d’un dîner de gala, offert par l’un des sponsors, Moët Hennessy. Le menu ne pouvait en être que luxueux : conçu par Patrice Karlsson, chef de cuisine du restaurant du Nationalmuseum, et Pascal Tingaud, chef de cuisine Dom Pérignon, celui-ci mêlait des traditions historiques gastronomiques françaises et suédoises. Jugez plutôt :

Potage de haddock et crevettes grises à l’aneth
Un plat traditionnel suédois du XIXème siècle.
Pour le dîner, un potage était toujours servi en entrée.
Le haddock était un poisson très apprécié à la cour de Suède.
Dom Pérignon Vintage 2000


Selle de chevreuil, sauce poivrade, croûton de farce fine,
mousseline de céleri, pommes, cumberland et cèpes
Pays de tradition cynégétique, la Suède et la France
ont toujours servi de la venaison sur les tables royales et impériales.
Le sucré-salé a fait son apparition sous l’Empire.
C’est Bernadotte qui a fait connaître les cèpes en Suède
qui portent dans le pays le nom de Karl Johan.
Cheval des Andes 2006


Fromages, abricots secs, figues séchées, amandes et noix
Fromage de brebis de la vallée d’Ossau dans les Pyrénées,
région du Sud-Ouest de la France d’où Bernadotte était originaire.
Fromage de Suède ”Hammarby Blå” de la région de Roslagen.
Château d’Yquem Millésime 1998


Blanc-manger aux poires, pommes au four et glace à la vanille
Le blanc-manger est un plat classique de la cuisine sous l’Empire.
Carême (cuisinier de Talleyrand et de Napoléon, puis du tsar de Russie)
l’adapta pour le tsar en y ajoutant des poires.
L’arrivée de Bernadotte en Suède
a coïncidé avec l’introduction des glaces lors des repas
Sauternes, premier cru supérieur 1855


Café, thé
Hennesy Paradis (cognac)


Le repas était tout simple divin ! (Ma seule petite critique : les fruits séchés accompagnant le fromage semblaient tout droit sortis de leur sachet …) La compagnie à table était agréable et polyglotte : deux journalistes françaises, un diplomate suédois rattaché au consulat de France de Göteborg, une designer suédoise, un attaché culturel français, un premier maréchal de cour suédois, et une petite assistante d’exposition franco-suédoise. 😉

L’invité de première classe de la soirée était l’ancien président de la République, Valéry Giscard d’Estaing (proche de Moët Hennesy), qui n’a pas pu s’empêcher d’y aller de son petit discours, en anglais s’il vous plaît !

De telles fêtes sont extrêmement rares au Nationalmuseum — une telle exposition n’avait pas eu lieu depuis 12 ans ! — alors je pouvais bien me payer le luxe de me faire coiffer en ville pour être présentable à l’heure H. 🙂

Le mot de la semaine : « politiska partier »

Les Suédois, dont je fait partie depuis deux ans maintenant, ont voté dimanche dernier pour les législatives, les régionales et les municipales. Près de 95 % d’entre nous nous sommes réveillés lundi matin avec un goût amer dans la bouche et encore sous le choc des résultats annoncés la veille au soir : les Démocrates suédois (Sverigedemokraterna = SD), parti d’extrême-droite, avaient gagné 5,7 % des voix, et ainsi passé la barre des 4 % pour entrer au Riksdag, la Diète suédoise.

Depuis mercredi, après le recompte habituel des voix, nous savons maintenant le résultat officiel, mais pas encore la composition du gouvernement. Jugez des chiffres suivants :

L’alliance rouges-verts = 156 sièges

L’Alliance de droite (au pouvoir depuis 2006) = 173 sièges

Sur un total de 349 sièges, il ne manque que deux places à l’alliance de droite pour avoir la majorité et pouvoir former un gouvernement sans problème. Il y a éventuellement la solution de former un gouvernement minoritaire, mais cela risque de compliquer le travail des quatre années à venir. Il y a aussi la situation de parlementer avec les Verts pour former un gouvernement majoritaire avec eux. Sur plusieurs points, leur politique est relativement proche de celle de la droite, mais ils se sont de plus en plus rapprochés de la gauche au cours des dernières années. Accepter de coopérer avec un gouvernement de droite reviendrait à trahir de nombreux électeurs écologistes de gauche et cela nuirait bien sûr à la crédibilité du parti. Mais en même temps, que faire, quand il est clair — et heureusement !… — que l’alliance de droite refuse de coopérer avec l’extrême-droite ?

Beaucoup de questions et débats ont surgi cette semaine : Pourquoi cette victoire du SD ? Comment les sociaux-démocrates ont pu obtenir les pires résultats de l’histoire du parti ? Que faire maintenant ? Exclure le SD de certaines commissions parlementaires ? … Certains exigent de nouvelles élections, d’autres veulent faire appel, on entend dire que des électeurs auraient confondu ”Socialdemokraterna” et ”Sverigedemokraterna” et ainsi voté pour le ”mauvais” parti …

Le mot « ansvar » = responsabilité a connu, à mes yeux, une certaine inflation : SD veut prendre la responsabilité pour tout le pays, on demande aux Verts de prendre leur responsabilité et de se joindre à l’alliance de droite, l’alliance de droite doit prendre ses responsabilités et s’ouvrir vers la gauche, les sociaux-démocrates doivent prendre leur responsabilité et Mona Sahlin, leur leader, démissionner … Sincèrement, je crois que tous, les politiques et la population suédoise entière, doivent prendre leurs responsabilités : accepter le résultat et aller de l’avant, analyser pourquoi presque 6 % des Suédois votent SD, et prendre le débat de l’immigration à bras le corps et trouver des solutions aux problèmes qui font que certains Suédois en ont marre et se tournent vers l’extrême-droite ; par conviction ou pour protester, cela n’a pas d’importance, le résultat est le même.

Je ne crois pas que boycotter le SD soit la bonne solution. Maintenant qu’ils sont au parlement, ils faut les laisser participer aux débats aux mêmes conditions que les autres partis, de manière démocratique. Les exclure ne ferait que renforcer l’image de martyr qu’ils veulent volontiers faire circuler : censurés, brimés, persécutés, etc… Au final, je crois que leur programme politique se montrera de lui-même non-viable dans une société globalisée comme la nôtre et leur comportement anti-démocratique. Ils ne sont, somme toute, que 20 sur 349 (même si cela ne diminue pas la honte que de nombreux Suédois ressentent aujourd’hui).

Dans un domaine linguistique complètement dépourvu de couleur politique, le mot « ett parti » se comporte de manière inhabituelle car il se décline au pluriel comme s’il était un substantiv en « -en » :

ett politiskt parti [ète politiskte parti] = un parti politique

det politiska partiet [dète politiska partiète] = le parti politique

politiska partier [politiska partière] = des partis politiques

de politiska partierna [dé/dome politiska partièr(e)na] = les partis politiques

Le mot de la semaine : « kurir »

Dans 9 jours ouvre l’exposition « Härskarkonst (= Arts du pouvoir). Napoleon — Karl Johan — Alexander », la grande exposition de l’automne-hiver 2010 du Nationalmuseum, du 30 septembre au 23 janvier 2011 qui traite des arts en France, Suède et Russie à l’époque de Napoléon. Karl Johan fait référence à Jean-Baptiste Bernadotte qui fut élu prince héritier au trône suédois il y a 200 ans et Alexandre au tsar russe.

C’est l’exposition pour laquelle j’ai travaillé depuis début 2009. Au fur et à mesure que le temps a passé, l’intensité du travail a augmenté et elle atteignit son maximum il y a deux semaines et ne s’apaisera qu’après l’inauguration dans une semaine et demie.

La phase finale est le montage de l’exposition avec l’arrivée de plus de 400 objets aussi divers que peintures, sculptures, objets d’art, bijoux, costumes etc. Qui dit montage, dit convoyeurs.

en kurir [ène kurire] = un/e convoyeur

kuriren [kurirène] = le/la convoyeur

kurirer [kurirère] = des convoyeurs

kurirerna [kurirèrena] = les convoyeurs

Ma collègue d’origine russe se chargent des œuvres d’art et des convoyeurs provenant de Suède et de Russie, tandis que je m’occupe de celles et ceux de France et des autres pays (Allemagne, Danemark, Italie, Angleterre et États-Unis). Le musée de l’Ermitage, où l’exposition sera montrée de mars à juin 2011, livrait une cinquantaine de caisses il y a deux semaines et la première semaine de montage a donc était dominée par la visite de nombreuses convoyeurs russes (oui, que des femmes).

La semaine dernière, c’était presque trente caisses qui arrivaient de France et d’Allemagne. Tout a été installé la semaine dernière avec l’aide d’une dizaine de convoyeurs. La journée la plus longue fut celle de jeudi, de 9h à 19h30 (mais j’étais au musée depuis 8h) avec cinq convoyeurs. Nous redoutions la journée de montage de vendredi avec 23 œuvres du château de Fontainebleau, mais nous pouvions nous mettre en week-end à 17h30. Après tant de préparation, cela faisait très plaisir de voir tous ces objets se rassembler sur place et d’accueillir les convoyeurs avec qui j’étais en contact depuis quelque temps. Tous étaient satisfaits de leur séjour à Stockholm et c’est très gratifiant !

La semaine à venir sera plus calme pour ma part, avec l’arrivée de deux convoyeurs mercredi et vendredi, puis encore quatre le lundi 27 septembre, la veille de la présentation de l’exposition à la presse, l’avant-veille de l’inauguration officielle en présence du couple royal de Suède et du dîner de gala. Mais cela ne veut pas dire que l’on va se tourner les pouces pour autant : il faut encore installer les œuvres du musée et celles provenant des collections royales, puis faire les étiquettes, ce qui n’est pas une mince affaire. Mais je crois qu’on parviendra à respecter le deadline sans problème. On n’a pas le choix de toutes manières. 😉

Cette exposition est la plus grande exposition du Nationalmuseum depuis celle de « Catherine II et Gustave III » il y a 10 ans, ma première exposition, c’est dire si je ne suis pas peu fière ! 🙂

Le mot de la semaine : « upplevelse »

Nous sommes sept, cinq collègues, moi-même et une inconnue qui ne parle pas suédois. La guide s’adresse alors à nous en anglais et nous mène au deuxième étage du musée, où elle nous laisse à un homme qui nous fait signe de le suivre. Il se déplace à pas lents et silencieux ; nous ralentissons le rythme des nôtres et je regrette presque d’avoir des chaussures à talons qui claquent sur le paquet des salles du musée. Nous faisons ainsi le tour du premier étage, puis il nous fait descendre à mi-chemin dans l’escalier où des bancs nous sont réservés. Nous nous asseyons en silence, nous lançant quelques regards interrogatifs, mais confiants. Nous ne savons pas ce qui nous attend, mais nous n’appréhendons pas, au contraire, nous avons hâte de voir ce qui va se passer.

L’homme, qui avait disparu en bas de l’escalier, revient avec des écouteurs alignés sur un bras. Doucement, il les pose sur nos oreilles, nous isolant ainsi du monde sonore extérieur. Dès lors, nous n’entendons plus que des bruits enregistrés de pas et de conversations atténuées. Puis une voix, douce et agréable à écouter, nous donne des instructions. La femme inconnue se lève et commence à descendre les escaliers. Nous restons assis. Puis la voix me demande de suivre l’inconnue. Je comprends alors que nous n’entendons pas tous la même chose. Ou en tout cas, pas en même temps ; car mes collègues ne tardent pas à me suivre. L’inconnue s’est arrêtée derrière une femme longue et mince, vêtue d’une robe beige un peu stricte. On nous dit qu’elle est notre guide ; nous la suivons à travers les salles de mobilier de siècles passés ; la voix attire notre attention sur certains objets. Puis nous nous arrêtons ; on nous demande de fermer les yeux ; un bandeau est alors posé sur mes yeux par des mains invisibles.

J’ouvre les yeux et ne voit plus qu’une lueur blanche devant moi. À partir de ce moment-là, je suis complètement isolée de mes collègues. Quelques secondes plus tard, une main soulève doucement la mienne et m’entraîne. Ne voyant pas où je mets les pieds, mes premiers pas sont hasardeux et lents, mais peu à peu je me fie à la main qui continue à me mener. La voix m’incite à me baisser pour passer une porte, à tourner à droite ou à gauche, à m’arrêter là puis reculer ici … La main me quitte parfois mais revient toujours pour m’entraîner plus loin, plus haut, plus bas. Je ne sais plus où je suis … La voix et les bruits me suggèrent une grande salle où les pas résonnent ou une forêt où mes pieds foulent un chemin couvert de feuilles séchées …

De temps en temps des lumières colorées traversent le bandeau qui couvre mes yeux. On attire mon attention sur ma respiration, sur la lourdeur de mes pas, sur la lenteur de mes mouvements. Des gens se déplacent autour de moi, je sens leurs mouvements dans l’air qui m’entoure. Parfois je dois me déplacer seule, j’avance alors à tâtons, je frôle un mur froid ou une colonne hexagonale. Je ne suis définitivement plus dans la pièce où l’on m’a bandé les yeux, mais je n’ai aucune idée du chemin emprunté pour arriver dans cette pièce.

On me redemande de fermer les yeux ; le bandeau est oté ; puis on m’autorise à ouvrir les yeux. Je vois mes collègues autour de moi. La voix nous mène dans la pièce suivante où des gens sont allongés autour d’un tapis. Nous nous allongeons sur le tapis quelques minutes avant que les gens allongés autour de nous nous rejoignent autour du tapis pour nous signaler que nous sommes arrivés à destination. C’est seulement à ce moment-là que je comprends que l’inconnue fait en fait partie du ”groupe de mains” qui nous a guidé à travers les salles du musée.

Ceci était une répétition de ”Symphony a Missing Room”, une ”performance” faite dans le cadre de l’exposition ”Arbete pågår/Work in progress” qui explore de nouvelles formes d’exposition avec la lumière naturelle. L’expérience avait déjà eue lieu l’automne dernier et avait rencontré un grand succès. Elle avait même était nommée événement culturel de l’année 2009. Cet automne, toutes les places sont vendues avant même que la performance commence officiellement, du 7 au 19 septembre. C’est dire si le grand public guettait son retour !

”Symphony of a Missing Room” est l’oeuvre de Lundahl & Seitl, une expérience intéressante mettant en scène un milieu muséal, les membres d’un groupe d’artistes qui a composé les effets sonores et la chorégraphie à travers laquelle ils guident des visiteurs qui se laissent prendre au jeu. C’est une expérience, « en upplevelse » que je recommande chaudement, si vous avez l’occasion de les rencontrer. Ils se produisent en effet dans différents musées européens, toujours avec le même succès !

en upplevelse [ène upelévèlsé] = une expérience

upplevelsen [upelévèlsène] = une expérience

upplevelser [upelévèlsère] = des expériences

upplevelserna [upelévèlsèrena] = les expériences

Le mot de la semaine : « äpple »

Septembre est là et l’automne avec, et c’est la saison des pommes !

À 10 minutes en bus de Slussen, à Nacka, c’est-à-dire en banlieue tout proche de Stockholm, il y a un endroit idyllique qui s’appelle Svindersvik [svinedèrechvique] : un manoir rococo construit datant de la moitié du XVIIIème siècle que l’on peut visiter les samedis et dimanche de mi-mai à fin juin, puis les dimanches de juillet à mi-septembre (plus d’information ici et des photos ).

Ce manoir possède un verger avec des pommiers aussi vieux que le manoir. Même si certains d’entre eux ont des troncs désormais creux, ils donnent encore des fruits! Il s’agit donc d’anciennes sortes de pommes suédoises.

À proximité du manoir, au bord de l’eau, il y a un café tout à fait adorable, Svindersviks Brygghus. Les deux premiers week-ends de septembre, les récoltes de pommes sont utilisées dans la composition d’un « äppelkaksbuffé » [èpèlekaks(e)bufé], un buffet de gâteaux aux pommes. Sept sortes de gâteaux étaient annoncés, mais je crois qu’il y en avait plus.

J’ai voulu goûté à tout bien sûr (les parts étaient petites, c’était parfait !). Mon préféré reste tout de même l’indémodable strudel aux pommes avec des raisins secs. Le tout accompagné d’une tasse de thé à la pomme et à la cardamome (mon épice préférée), et mon quatre-heure était royal !

ett äpple [ète èplé] = une pomme

äpplet [èplète] = la pomme

äpplen [èplène] = des pommes

äpplena [èplène] = les pommes

N.B. : Quand le mot « äpple » fait partie d’un mot composé, il y a inversion des deux lettres finales. Cela donne « äppel- » [èpèle].

Le mot de la semaine : « balett »

Chaque été, le théâtre de la ville de Stockholm, Stockholms stadsteatern, organise des spectacles de plein-air (théâtre, danse, chant), gratuits (!), à différents endroits de la capitale, le tout rassembler sous le nom de Parkteatern, le théâtre du parc.

Un des endroits les plus populaires est Vitabergsparken (le parc de la montagne blanche) situé dans le sud de la ville, non loin de Sofia kyrka (l’église Sophie). Des gradins en forme de demi-cercle ont été construit en pleine nature, faisant face à la scène. Les places sont chères même si c’est gratuit – ou peut-être justement parce que c’est gratuit. Il y a toujours beaucoup de monde, et pour être sûr d’avoir une place assise, il vaut mieux venir au moins une heure avant le début de la représentation. Il est également conseillé de se munir d’une couverture au cas où il ferait un peu frisquet. S’il fait chaud, elle vous servira de coussin. 🙂

Je me rends malheureusement trop rarement aux représentations de Parkteatern. Il y a quelques années, j’y avais vu les ballets Cullberg. Cette année, j’y suis allée pour voir les ballets royaux, « Kungliga baletten » qui dansaient le Boléro de Ravel et les Noces de Stravinsky.

J’ai préféré le premier au deuxième ballet, mais techniquement, j’ai apprécié les deux. Ayant moi-même fait de la danse classique quand j’étais jeune, bien qu’à un niveau largement plus bas, je sais ce que cela demande en heures d’entraînement et de répétitions ainsi qu’en persévérance et discipline.

en balett [ène balète] = un ballet

baletten [balétène] = le ballet

baletter [balétère] = des ballets

baletterna [balétèr(e)na] = les ballets

(Il me semble que les formes plurielles s’utilisent rarement.)

Dans l’expression « Kungliga baletten », « kungliga » veut dire « royal » et est à la forme définie. La forme ”correcte” est en fait « den kungliga baletten », mais l’article défini « den » tombe bien souvent dans le cas de noms de compagnies ou de groupes connus.