Les mots de la semaine : « Gudar och människor »

Je suis allée au cinéma hier avec ma meilleure amie pour voir un film intitulé en suédois « Gudar och människor ». Ça fait un moment qu’il passe et nous ne voulions de risquer de le rater. En français, le titre est « Des hommes et des dieux ».  Traduit en suédois, il est inversé. Je trouve que c’est une bonne décision de traduction, cela sonne mieux comme ça en suédois.

« Gudar » est le pluriel de « gud ». Vous y reconnaissez sûrement le « god » englais ; c’est en effet un mot d’origine germanique : en allemand, c’est « gott », en danois et en norvégien, on dit aussi « gud », en islandais « guð » ou « goð ». Je ne serais pas étonnée si ce mot avait la même étymologie que l’adjectif « god, gott » en suédois, qui veut dire « bon ».

en gud [ène gude] = un dieu

guden [gudène] = le dieu

gudar [gudare] = des dieux

gudarna [gudarna] = les dieux

L’exclamation suédoise « herregud! » [‘hérégude] (où « herre » signifie « maître, seigneur ») correspond au « mon dieu ! » français. Les Suédois disent souvent « åh gud! » ou « nej men gud! » quand ils sont étonnés de quelque chose.

« Människor » est le pluriel de « människa ». C’est également un mot d’origine germanique : « menneske » en danois, « manneskja » en islandais, « mensch » en allemand, qui dérive qui substantif « man » = homme. Mais j’ai entendu dire que c’était aussi un mot d’origine indo-européen : il semblerait en effet que l’équivalent indien ressemble beaucoup au mot suédois. Intéressant !

en människa [ène mènicha] = un être humain

människan [mènichane] = l’être humain

människor [mènichore] = des êtres humains

människorna [mènichorna] = les êtres humains

Ce mot s’utilise souvent pour parler des gens en général, sans distinction de sexe. À noter néanmoins que l’on réfère à « människa » avec le pronom féminin « hon » = elle. Encore plus intéressant !

À part ça, j’ai trouvé le film très bien, avec un contenu dense, et bien filmé dans le sens où l’illusion du style documentaire est parfaite. Je ne suis pas croyante (je l’ai déjà dit…), mais j’ai ressenti beaucoup de respect envers ces moines trappistes de l’Atlas et la population musulmane du village pris en otage par le terrorisme. Le film aborde les sujets lourds tels que l’éthique, la responsabilité et la liberté de manière très compréhensible car issu d’un contexte réel. Il est impossible de ne pas ressentir de la sympathie pour les victimes du terrorisme. J’avoue même avoir versé quelques larmes lors de scènes très émouvantes. Lambert Wilson joue très bien son rôle de prieur, mais celui que j’ai préféré dans ce film est Michael Londasle, qui a d’ailleurs remporté le César du meilleur acteur dans un second rôle.

Le mot de la semaine : « arbetslöshetsersättning »

Pour ce dimanche, je vous propose un mot ”à décortiquer”. On abordera la prononciation petit-à-petit. 😉

Tout d’abord, voici les différentes parties du mot : « arbet-s-lös-het-s-ersätt-ning ».

« Arbete » [arbété], c’est le travail.

Le suffixe « -lös » [leusse] signifie « sans » ; cela donne donc « sans travail » ou « chômeur ». (On peut aussi former des mots tels que « hemlös » = sans-logis, « färglös » = sans couleur, « smaklös » = sans goût, « fantasilös » = sans fantaisie, etc…)

Le suffixe « -het » [‘hète] s’utilise souvent pour former des substantifs désignant des notions ou des concepts. « Arbetslöshet », c’est le chômage, tout bêtement.

Le verbe « ersätta » [érchèta] signifie « remplacer, compenser ». Avec le suffixe « -ning », on forme un substantif à partir du verbe, qui veut donc dire « remplacement, compensation ».

Enfin, le -s- entre les deux substantifs est nécessaire pour former le mot composé final, qui mot à mot signifie « compensation de chômage », et en langage plus courant « assurance-chômage ». D’ailleurs, on peut parfois rencontrer le mot suédois « arbetslöshetsförsäkring » (« försäkring » [feurchèkring] = assurance, de « försäkra » = assurer).

Enfin, pour la prononciation cela donne [arbéts(e)leusse’hèts(s)érchétning]. Simple, non ? 😉

Tout ça pour dire que ma caisse d’assurance-chômage m’a été accordée (« beviljat» [bévilyate]) mon assurance-chômage, à raison de 680 kr/jour pendant un maximum de 75 jours (au lieu de 300 jours si j’avais été au chômage à plein-temps — je ne vais pas me plaindre). Le langage bureaucratique suédois peut lui aussi être alambiqué, je vous rassure, ce n’est pas l’apanage de la langue française. 😉

Portrait suédois : Åke Siikavuopio

Åke [auké] Siikavuopio (se prononce comme cela s’écrit) est le seul habitant du village Naimakka, situé dans le « Treriksröset », ou cairn des trois royaumes, entre la Suède, la Finlande et la Norvège. Ses voisins les plus proches sont à huit kilomètres.

Sa mission est de surveiller la station météorologique la plus septentrionale de Suède. Elle est désormais automatisée, mais ses parents avaient l’habitude de relever les températures toutes les trois heures. La nuit du 15 au 16 février, c’est à Naimakka qu’a été relevée la température la plus basse de l’année, pour le moment. -46,2°C !

Ce que Åke doit faire plusieurs fois par jour en hiver, c’est conduire sa voiture pour garder le moteur chaud. Au repos, elle reste dehors sous une bâche, avec des peaux de rennes sur le moteur.

Åke reconnait qu’il ne fait pas grand chose quand il fait si froid, mais ce type de température n’a rien d’exceptionnel pour lui. Il suffit de bien se couvrir et d’économiser son énergie. Il souligne qu’on ne tombe pas malade à cause du froid, mais par contre il faut faire attention au risque de gelure. Il a eu les doigts gelés au point que la peau s’en détachait et les lobes de ses oreilles gelaient tous les hivers quand il était enfant. Pour les imprudents, cela peut mener à l’amputation …

La maison d’Åke et le paysage alentour sont actuellement recouverts d’une couche épaisse de neige bleutée à la lumière du soleil hivernal. Les grands froids sont plus souvent l’occasion de phénomènes optiques, telles que la pleine lune avec un halo ou les parhélies, où l’on croit voir deux ou plusieurs soleils. Nombres de gens trouvent que ces phénomènes sont beaux ; Åke ne comprend pas pourquoi, il ne les voit même pas. 🙂

Parhélie, le 4 décembre 2010, entre Tyresö et Stockholm

Le mot de la semaine : « deltid »

« Tid », c’est le « temps », en suédois.

« Hel » signifie « entier, complet », « halv = demi, mi » et « del = en partie, partiel ».

« Att arbeta heltid » signifie donc « travailler à plein-temps », « halvtid = à mi-temps » et « deltid = à temps partiel ». (Noter l’absence de préposition entre le verbe « arbeta » et « hel-/halv-/deltid » en suédois.)

À partir de février et jusqu’à la fin de l’année, « jag arbetar deltid », 70 % soit 28 h/semaine jusqu’à fin septembre, puis 80 % soit 32 h/semaine d’octobre à décembre. Pour le moment, je travaille tous les jours mais finis plus tôt, le plus souvent à 15 h. Mais je vais voir s’il est possible d’avoir une journée entièrement libre.

C’est mon employeur qui m’impose cette solution, je ne l’ai pas voulu moi-même. Cela veut dire que je devrais avoir droit à l’assurance chômage. Cela implique à son tour que j’ai dû aller m’inscrire à Arbetsförmedlingen, le Pôle Emploi suédois, en tant que chômeuse à 30 %. Comme il y peut y avoir un CDI à plein-temps à la clé, à partir de 2012, j’ai l’impression qu’ils vont me laisser un peu tranquille et ne pas m’obliger à lâcher le Nationalmuseum pour un emploi à plein-temps ailleurs.

Mais cela n’empêche pas que je dois quand même postuler pour des postes correspondant à mes compétences, car c’est Arbetsförmedlingen qui signale à ma caisse de chômage si je remplis ma partie du contrat pour avoir droit à l’assurance. Ainsi, selon le plan d’action établi par Arbetsförmedlingen, je dois, par trois fois d’ici fin juillet, rendre compte du nombre de candidatures que j’ai envoyées. Fin juillet, je retourne à Arbetsförmedlingen pour faire le point et établir un nouveau plan d’action.

Ceci est le côté négatif.

Mais je compte faire plein de choses positives de cette période de chômage partiel ! 🙂

Ralentir le tempo un peu (quoique, étant donné la masse de travail à faire qui suffirait largement à remplir un plein-temps, je ne vais pas vraiment chômer au bureau). Mais je suis très à cheval sur mes horaires de travail et je pars à 15 h, point à la ligne ! Et si je ne fais pas sport après le travail, rentrer à la maison en fin d’après-midi est un vrai plaisir ! 🙂

J’ai retrouvé le plaisir de lire.

J’espère avoir l’occasion de tricoter, et de bloguer peut-être aussi, un peu plus souvent. 😉

Je compte aussi me replonger un peu dans mes études – je n’ai toujours pas abandonné mon projet de thèse en histoire de l’art mais ça demande pas mal de travail avant de présenter mon projet à la faculté de Stockholm.

Vous l’avez sûrement compris, je ne suis pas du genre à me tourner les pouces. 🙂

Le mot de la semaine : « nedtagning »

Le mot de la semaine se compose de trois parties : « ned – tag – ning » (et se prononce comme cela s’écrit).

Commençons par la racine, « tag », qui vient du verbe « att ta » = prendre. Le -g final est un reste de la forme ancienne de ce verbe, « att taga », que l’on note encore dans les formes conjuguées : « tog » à l’imparfait/passé simple, « tagit » pour le supin (voir paragraphe ”En suédois”).

Le suffixe « -ning » est communément utilisé en suédois pour former un substantif à partir d’un verbe. Le mot « Tagning! » s’utilise par exemple à la place de l’anglais « Action ! » ou du français « On tourne ! » quand on fait un film.

Le préfixe « ned- » provient de l’adverbe « ned/ner/neder » qui indique un mouvement vers le bas : par exemple « gå ner » = mot à mot aller en bas = descendre. Je crois que, dans la plupart des cas, on pourrait dire que le préfixe « ned- » peut se traduire par l’équivalent français « dé- ». Le verbe « ta ner/ned » signifie « démonter ». Le mot « nedtagning, -en, -ar, -arna » signifie donc « démontage ».

Après le montage d’une exposition (« installation » [inestalachoune] en suédois), suit son démontage, tout logiquement, après quelques mois d’ouverture au cours desquels un certain nombre de visiteurs la voit. La grande exposition de l’automne du Nationalmuseum, « Härskarkonst » en suédois (« Arts des pouvoirs » en français) a attiré un peu plus de 61 000 visiteurs ; on avait espéré au moins 100 000 visiteurs, mais l’Armée de terre cuite chinoise et Anders Zorn à Waldemarsudde nous ont fait de la concurrence. L’exposition fermait le 23 janvier, et dès le 24, nous entamions son démontage (« nedtagning ») qui prit au total presque trois semaines. La première semaine a été consacrée au démontage des objets russes, la deuxième aux objets prêtés par des musées français, la troisième aux objets suédois.

Le démontage d’une exposition est une mission secrète de par la valeur des objets exposés qui doivent être retournés aux emprunteurs sans encombre. Donc bouche cousue sur le planning de démontage, la venue des convoyeurs et le départ des transports, ainsi que leur route bien évidemment. À la date d’aujourd’hui, tous les objets sont de retour à leur propriétaires respectifs et c’est pour cela que je peux vous raconter seulement maintenant ce que j’ai fait ces dernières semaines.

Cette exposition a été une belle aventure mais j’avoue quand même que je suis contente que ce soit terminé. Surtout le montage et le démontage, planification en amont incluse, sont des périodes de travail très intensives et c’est seulement quand tout est fini qu’on s’autorise à souffler un peu. Dans mon cas, la fatigue vient après coup. Et c’est donc avec soulagement que j’entame une période de 11 mois de travail à temps partiel. J’y reviendrais bientôt ici-même, sur ce blog, peut-être déjà dimanche prochain, si rien d’exceptionnel n’arrive d’ici-là. 🙂

Si vous voulez voir des photos de l’exposition, je vous conseille un petit tour sur la page flickr du Nationalmuseum.

Le mot de la semaine : « hemlig »

L’adjectif « hemlig » [´hèm(e)ligue] signifie « secret ». Étymologiquement, il vient de l’ancien suédois « hemeliker, hemelikin, hemelig » — à comparer avec l’islandais heimiligr, le danois hemmelighet, ou l’allemand heimelich. Il construit sur le substantif « hem » qui signifie « maison », faisant ainsi référence à un espace fermé, sécurisé, échappant aux yeux de ceux qui n’en font pas partie. C’est plutôt logique.

Il se décline ainsi :

hemlig [´hèm(e)ligue] = forme indéfinie, singulier, devant en substantif en -n

hemligt [´hèm(e)likte] = forme indéfinie, singulier, devant en substantif en -t

hemliga [´hèm(e)ligua] = forme définie, singulier et pluriel

Un secret est « en hemlighet » [ène ‘hèm(e)lig’hète].

Pourquoi ai-je choisi ce mot pour cette semaine ?

Parce que j’étais en mission secrète au travail cette semaine (affaire à suivre dimanche prochain 😉 ). Et que mon « sambo » fête ses 30 ans en avril et que j’ai déjà trouvé son cadeau mais que je ne peux bien sûr pas révéler ce que c’est pour le moment. 😉

Le mot de la semaine : « inventera »

Vendredi dernier, j’ai fait une journée de travail de 12 h. Inutile de vous dire que j’étais éreintée en rentrant et que j’ai fait une bonne nuit ! Mais pourquoi travailler si longtemps ? D’abord, ma journée de travail habituelle au musée, certes un peu raccourcie. Puis exceptionnellement, l’inventaire de la boutique de bureautique où mon « sambo » travaillait jusqu’à il y a quelques semaines (il vient de reprendre ses études). Il avait promis à ces collègues de les aider vendredi soir et comme ils ont toujours besoin de personnel supplémentaire, il m’avait demandé si je voulais l’accompagner. J’ai pensé que ça pouvait être intéressant et je l’ai suivi. Aujourd’hui, je suis effectivement riche d’une expérience supplémentaire, mais je ne le referai pas.

Ma tâche était relativement simple — compter les articles sur les rayons. Compter des cinquantaines de rouleaux de papier-cadeau (quoiqu’ils sont les plus compliqués à compter), des douzaines d’agendas ou des centaines de sachets n’est pas très passionnant mais cela ne me gênait pas trop. Ça peut même devenir un peu méditatif.

Non, ce sont les conditions physiques de ce genre travail qui m’ont fait pas mal souffrir : soit accroupie pour compter les articles des étagères les plus basses, soit les bras en l’air pour atteindre les étagères supérieures, à soulever des dizaines d’articles au fur et à mesure du comptage, etc … Le tout pendant 6 heures …

En plus, je ne pouvais pas mon contenter de compter les articles, il fallait aussi que je trie les articles par couleurs ou grandeur quand je trouvais qu’il y en avait besoin — c’est mon côté perfectionniste. Les collègues de mon « sambo » vont peut-être me maudire lundi quand ils se rendrons compte que j’ai, à mes yeux, amélioré les piles de cahiers et de classeurs…

Le verbe « att inventera » veut dire « faire l’inventaire » :

jag inventerar [jâgue in(e)vèn(e)térar] = je fais l’inventaire

jag har inventerat [jâgue ‘hare in(e)vèn(e)térate] = j’ai fais l’inventaire

jag inventerade [jâgue in(e)vèn(e)téradé] = je faisais l’inventaire

jag ska inventera [jâgue ska in(e)vèn(e)téra] = je ferai l’inventaire

Le mot de la semaine : « oxveckor »

Le mot de la semaine est composé de « ox- » [ouxe] = bœuf et « vecka » [véka] = semaine, et « vecka » se décline de cette manière :

en vecka [ène véka] = une semaine

veckan [vékane] = la semaine

veckor [vékore] = des semaines

veckorna [vékor(e)na] = les semaines

« Oxveckor » [oux(e)vekore] est une expression qui nous vient du temps où la société suédoise était de majorité agraire et désigne une longue période de travail sans jour férié. Une période pendant laquelle les paysans travaillaient ”comme des bœufs” = « oxar » [ouxare].

Depuis l’Épiphanie (qui est férié en Suède) jusqu’à Pâques (qui tombe tard cette année : le 24 avril), cela fait 15 semaines de travail sans jour férié. Ces 15 « oxveckor » ont fait les grands titres des journaux début janvier, avec quelques bons conseils pour y survivre. À lire ces articles, on croirait que les Suédois ne vivent que pour les jours fériés et les vacances…

Pour ma part, je ne me plains pas car, à partir de février, je travaillerai à 70 %, ce qui veut dire que je finirai à 15h tous les jours au lieu de 17h. À ce régime-là, je crois que je m’en sortirai très bien, de ces « oxveckor », d’autant que j’ai des heures supplémentaires à récupérer. 🙂

L’église Gustaf Vasa

L’église Gustaf (ancienne orthographe de Gustav) Vasa est située à côté de la place d’Oden (Odenplan) et fut inaugurée en 1906. L’architecte Agi Lindegren (1858-1927) lui donna un plan centré en croix grecque et un style nouveau baroque. Elle est une des plus grands églises de Stockholm et peut rassembler jusqu’à 1 200 personnes. Le retable est beaucoup plus ancien que l’église : il fut réalisé par Burchardt Precht entre 1725 et 1751 pour la cathédrale d’Uppsala qui s’inspira de celui de l’église du Gesù à Rome. Le décor peint de la coupole est dû à Vicke Andrén (1856-1930).

Vous vous êtes peut-être demandés pourquoi la remise de diplôme de sage-femme auquel j’ai assisté la semaine dernière se déroulait dans une église ?

C’est une vieille tradition suédoise : on fête souvent les fins d’années scolaires dans les églises, même si le christianisme n’est plus religion d’état depuis 2000. L’équivalent suédois de l’Éducation nationale (Skolverket) conseille que l’accent soit mis, à ces occasions, sur le fait de fêter ensemble et non pas sur les traditions religieuses. Pour les chants, on choisit des psaumes qui soulignent la beauté de la nature suédoise plutôt que la religion.

Cela crée des débats bien sûr, d’autant que la population suédoise se diversifie de plus en plus. Les parents et les élèves de croyance autre que le christianisme ont parfois du mal à accepter cette tradition. La présence des élèves n’est pas obligatoire, mais il est dommage de les priver de ce moment de fête. En même temps, peu de Suédois, croyants ou non, peuvent s’imaginer cette cérémonie dans un autre lieu qu’une église.

Personnellement, je ne suis pas croyante, mais si on doit résumer mon éducation, c’est bien par le concept de ”laïcité”. Ce concept est plus ou moins inconnu en Suède, et les discussions que j’ai eu à ce sujet avec mon « sambo » sont parfois un peu agitées. 🙂 Si les Suédois ne sont pas laïques (l’enseignement des religions fait partie du programme scolaire, mais il ne s’agit en aucun cas de catéchisme : cet enseignement englobe toutes les grandes religions et est plus tourné vers l’historique et le social pour aider à la compréhension des cultures étrangères et par là même augmenter la tolérance inter-culturelle), ils sont très sécularisés dans le sens où la religion est pour eux une chose hautement privée qui s’exerce de manière non-ostentatoire. C’est ainsi que de nombreux Suédois, non-croyants, peuvent entrer dans une église sans en ressentir son symbole religieux. Et c’est ainsi qu’ils trouvent que les autres populations devraient faire de même. On remarque une incompréhension des deux côtés, d’où des débats plus ou moins virulents.

Pour ma part, je trouve que les églises suédoises offrent un bel environnement pour ce genre de célébration. Les pasteurs, souvent présents à ces occasions, tiennent un discours qui peut être entendu de tous, croyants et non-croyants, comme l’a fait par exemple le pasteur de l’église Gustav Vasa vendredi dernier. Sans être irrespectueux du milieu dans lequel on se trouve, on peut organiser une belle cérémonie qui parfois réserve bien des surprises, comme le programme musical de vendredi dernier. Les nouvelles sages-femmes rentrèrent dans l’église pendant que l’organiste jouait ”Keep on Walking” de Salem al-Fakir. Les autres chansons, entre les différents moments (deux discours, remise de prix, remise de diplômes et de broches), étaient tous sauf des psalmes ; entres autre ”What a Wonderful world” de Louis Armstrong ainsi que ”Det gåtfulla folket” (= ”Le peuple énigmatique”) de Beppe Wolgers (texte) et Olle Adolphson (musique) dont j’aime beaucoup les paroles. En voici la traduction :

Les enfants sont un peuple et ils vivent dans un pays étranger,

ce pays est une pluie et une flaque

Sur cette flaque vont parfois les bateaux de garçons, et ils glissent si joliment sans quille

Voilà une fille qui collectionne des pierres, elle en a un million

Le roi des arbres est assis tranquillement sur son trône parmi les branches

Voilà un garçon qui rit de la neige

Voilà une fille qui fait une île de quinze cousins

Et là un garçon qui transforme tout ce qu’il touche en crème glacée

Tous sont des enfants et ils font partie du peuple énigmatique

***

Les enfants sont un peuple et ils vivent dans un pays étranger,

ce pays est un champ et un vent

Voilà un garçon qui découvre une nouvelle Samarcande et s’envole en se balançant sur un portail

Voilà une fille qui fredonne une chanson sur des cônes de pins, elle a en elle-même deux

Voilà un garçon debout devant une clôture où il gribouille que la terre est bleue

Voilà un garçon devenu indien

Et là, le roi de l’ombre marche dans la ville à la recherche de méchants

Voilà une fille qui essaye une grimace festive qu’elle vient d’inventer

Tous sont des enfants et ils font partie du peuple énigmatique

Le mot de la semaine : « barnmorska »

Vendredi, j’ai assisté à la remise de diplôme d’une amie et vingt-neuf de ses camarades de classe qui, après un an et demi de formation, devenaient sages-femmes. La cérémonie avait lieu à 13h30 dans l’église Gustav Vasa, sur la place Odenplan, à Stockholm.

en barnmorska [ène barnemouscka] = une sage-femme

barnmorskan [barnemorskane] = la sage-femme

barnmorskor [barnemorskoure] = des sages-femmes

barnmorskorna [barnemorskourna] = les sages-femmes

L’étymologie de ce mot est incertaine, mais on croit qu’il est issu du mot « barnamoder », de « barn » [barne] = enfant + « moder » [moudère] = mère, lui-même issu du bas allemand « bademodersche ».

Le mot « ackuschörska » [akucheuska] = accoucheuse, semble également exister en suédois, mais je ne l’ai jamais entendu prononcé.

Autrefois, on appelait les accoucheuses suédoises : « jord(e)gumma » ou « jord(e)moder », de « jord » [yourde] = terre + « gumma » [guma] = femme ou « moder » = mère, car les femmes accouchaient à même le sol et la sage-femme était celle qui récupérait l’enfant la première. Les « jordgummor » n’avaient au début aucune formation médicale, mais une grande expérience de la vie et des accouchements. Leurs connaissances se transmettaient de mère en fille. On leur donnait parfois des dons magiques.

Les premiers livres sur l’art de l’accouchement furent écrits par des femmes au XVIIème siècle mais n’étaient pas diffusés dans les campagnes. C’est à la fin du XVIIème siècle que les médecins (hommes) commencèrent à s’intégrer dans cette sphère auparavant exclusivement réservée aux femmes. Les sages-femmes furent placées sous la tutelle des médecins suédois en 1663 ; un nouveau règlement leur interdisait dès lors à utiliser des instruments pour accoucher les femmes. Si l’usage d’instrument était nécessaire, il fallait faire appel à un médecin.

Le médecin Johan von Hoorn est le père de l’obstétrique suédoise. Il publia Then swenska wälöfwade jordegumman (La sage-femme bien formée) en 1697 et mit en place une formation de sages-femmes à Stockholm pour la première fois en 1708. À partir de 1711, une sage-femme devait suivre un apprentissage d’au moins deux ans. La première maternité, pour les femmes de la bourgeoisie, ouvrit en 1774. L’année suivante ouvrait une autre maternité pour les femmes pauvres et/ou non-mariées.

Jusqu’en 1819, les sages-femmes suédoises étaient organisées en guildes. Peu à peu, même les femmes non-mariées pouvaient devenir sages-femmes, puis on les a de nouveau autorisées à utiliser des instruments. À partir de 1856, les sages-femmes durent apprendre à soigner les nouveaux-nés. Dans les années 1960, on mit en place un certificat professionnel.

Aujourd’hui, les sages-femmes suédoises sont à la base infirmières (« sjuksköterska, – n, -or, -orna » [chukcheutèchka]) ou infirmier : il y avait une ”sage-femme homme” parmi les trentes diplômés — dix hommes au total dans toute la Suède exercent cette profession. La formation d’infirmière est de trois ans, en Suède. Ensuite, pour accéder à la formation de sage-femme, il faut avoir au moins douze mois d’expérience professionnelle. Les sages-femmes suédoises sont rattachées à un hôpital pour les accouchements, ou à un centre de soins médical et ont alors à charge les soins obstétricaux, gynécologiques et sexuels, ainsi que le suivi des maternités et les questions de contraception et d’avortement. (Un gynécologue suédois est un médecin spécialisé dans les maladies de l’appareil génital féminin.)

À gauche, la broche des sages-femmes suédoises, ornée de l’arbre de vie.

(Source Wikipédia, articles en suédois : barnmorska et Johan von Hoorn)

Le blog français à l'accent suédois | Den svenska bloggen med fransk brytning