Le mot de la semaine (dernière…) : « försenad »

C’est dimanche, je suis assise à la table de la cuisine et fais les mots croisés du Dagens nyheter de vendredi quand soudain, je lève les yeux pour regarder l’heure et me rends compte qu’il est 13:58. J’ai une séance de spinning/mindfulness de l’autre côté de Stockholm qui commence dans une heure et deux minutes !

Panique ! Vérifier que le sac de sport est prêt, enfiler les chaussures, le manteau et filer au plus vite attraper le premier bus qui vient. Un dimanche, ils ne passent pas toutes les dix minutes … Une fois dans le bus, j’essaye de me calmer un peu et de me raisonner : je ne peux pas faire avancer le bus plus rapidement, il faut que je me rende à l’évidence, j’arriverai en retard… Je serais « försenad ».

À Gullmarsplan, je prends le métro … qui s’arrête à Odenplan (grrr) où je dois de nouveau changer et prendre le métro suivant jusqu’à Lindhagen. J’y arrive à 14:58. De là, je me dépêche autant que je peux, dans des rues déjà plongées dans la nuit hivernale et vides de gens.

J’arrive au Friskis & Svettis, me déchausse, retire mon billet, monte au vestiaire, me change en quatrième vitesse, cadenasse mon casier, remarque que j’ai oublié d’y laisser mes gants et de prendre ma bouteille d’eau, le rouvre, fais l’échange, le referme. Passe rapidement aux toilettes, remplis ma bouteille d’eau, descend à la salle de spinning, fait une entrée la plus discrète possible, trouve un vélo libre tout au fond de la séance, m’y assieds et commence à pédaler.

J’ai loupé les quinze premières minutes d’échauffement mais d’un autre côté, mon stress y équivaut peut-être… Je me concentre à 100 % sur la musique, rentre dans le rythme et bientôt vient mon morceau préféré : « Pierre et le Loup » de Prokofiev, où le tempo augmente peu à peu comme dans un boléro. Je jubile !

J’ai malgré tout gardé ce sentiment de retard toute la journée et le soir arrivé, je me devais d’accepter le fait que je n’aurais pas le temps d’écrire pour le blog. Le blog était lui aussi « försenad ». Mais « bättre sent än aldrig » = mieux vaut tard que jamais. Ceci est le mot de la semaine que j’avais compté publier dimanche dernier et auquel j’ai pensé toute la semaine, avec un peu de mauvaise conscience, je dois dire — car j’ai des lecteurs fidèles à la limite de la dépendance. 😉

« Försenad » est composé de la préposition « för » [feur] = trop + « sent » [sèn(e)te] = tard. L’expression « för sent » [feurchèn(e)te] existe d’ailleurs et veut dire = trop tard. Être en retard/retardé se dit « att vara försenad » [ate vara feurchénade]. Au pluriel, on dit « försenade » [feurchénadé]. Un retard est « en försening (-en, –ar, –arna) » [ène feurchéning].

Le mot de la semaine : « kurs »

J’aime faire la cuisine, j’aime faire de la pâtisserie, j’aime aussi faire du pain. Depuis pas mal de temps, je me disais qu’il fallait que je me mette au pain au levain, mais ça a prit du temps avant que je me lance dans cette aventure. J’avais entendu dire que c’était assez compliqué et j’avais peur de rater.

Des fours anciens … et des fours modernes


J’ai raté … Pas mal de fois … Au début, j’étais assez satisfaite du résultat, puis je suis partie en vacances, j’ai mis le levain au congélateur, et après l’avoir décongelé à mon retour, j’ai raté tous mes pains. Ils étaient mangeables, mais ne levaient pratiquement pas à la cuisson et le résultat était compact, très compact… Mais je ne m’avoue pas vaincue si facilement !

Une pelle à farine (au moins 1 kg) et des bannetons en osier prêts à l’usage


Au début de cet automne, j’ai vu que Saltå Kvarn [saltau kvarne], un moulin qui produit des farines biodynamiques (entre autres : ils vendent aussi des pâtes, du riz, du pain, des conserves etc…), organisait des cours pour apprendre à faire du pain au levain. J’ai fait ni une ni deux, j’ai envoyé un mail pour dire que j’étais intéressée et je me suis inscrite.

Des seaux de cultures de levain prêts pour la nuit … une culture de levain de seigle … la poolish pour les baguettes


Mon « sambo » était aussi intéressé, mais il n’y avait plus de place, à part celle de l’assistant du maître-boulanger, et elle était gratuite ! Nous voilà donc tous les deux partis dans l’aventure du pain au levain !

La fabrication des baguettes de A à Z :

<— Pétrissage de la pâte

Après la première levée, la pâte est retournée sur la table de travail … Début de formation des baguettes

Les baguettes lèvent … Incision avant enfournage … Après cuisson

Saltå Kvarn est situé à Järna, dans la commune de Södertälje, à une cinquantaine de km au sud-ouest de Stockholm. Cela fait partie du grand Stockholm et nous y sommes allés en transport en commun : bus, métro, train de banlieue, bus, une bonne heure et demie au total. Pour la nuit, nous avions réservé une chambre dans une auberge de jeunesse ”du coin”. (Je reviendrais sur ce détail plus tard…)

La pâte des pains de seigle sur la table … dans les banettons après la mise en forme

L’enfournage … Après cuisson

Le cours commençait vendredi à 14 h et finissait samedi à 15 h. Il comportait de la théorie et de la pratique. Vendredi après-midi, nous — 11 personnes de tous âges, dont 3 hommes — mettions en route les levains (à la farine de blé, au seigle et une poolish) et préparions les ingrédients pour la séance du lendemain.

Mise en moule des pains de seigle et d’orge … à la sortie du four … après démoulage

Samedi matin, nous débutions à 8h. Le maître boulanger, Manfred Enoksson, allemand d’origine travaillant à Saltå Kvarn depuis 15 ans, nous instruisit dans l’art de son métier qu’il pratique avec beaucoup d’engagement. Contrôler l’évolution des divers levains, mélanger les levains aux autres ingrédients, reconnaître à sa consistance une bonne pâte, former les pains, contrôler la levée, puis la cuisson.

Les pains paysans russes … Les sacs de pains des participants … De retour à la maison

Nous avons fait des baguettes, des pains paysans russes, des pains de seigle et des pains au seigle et à l’orge. Nous sommes repartis chacun avec un sac en papier rempli de pains (plusieurs de chaque) ainsi que trois cultures de levain différentes: blé, seigle et épeautre. La balle est maintenant dans notre camp : c’est à nous de prendre soin de nos cultures et à nous entraîner à faire de bons pains aérés et croustillants ! 🙂

en kurs [ène curche] = un cours

kursen [curchène] = le cours

kurser [curchère] = des cours

kurserna [kurchèrna] = les cours

Pour préciser de quel cours il s’agit, on construit souvent un mot composé. Dans le cas actuel, on peut par exemple dire : « surdegsbakningskurs » [surdègue-s-bakning-s-curche] = cours de pain au levain (à peu près). Ou un raccourcis : « surdegskurs » [surdègue-s-curche] = cours de levain (?)

Le mot de la semaine : « vintertid »

Une heure de plus ce week-end, j’aime ! 🙂

Cette nuit, l’Europe entière a reculé ces horloges d’une heure de sorte qu’il est, au moment où j’écris, 18 heures au lieu de 19 heures. Le soleil se lève plus tôt, mais se couche aussi plus tôt, et ici, ça se remarque vraiment : vers 16 heures, il commence sa descente et il fait maintenant nuit noir depuis un petit moment. J’attends avec impatience le premier de l’avent où toutes les fenêtres s’illumineront d’étoiles et de chandeliers électriques.

N’empêche, j’apprécierai vraiment de voir la lumière du jour demain matin, à mon réveil vers 6 heures. 🙂

Mais comment fait-on pour savoir si on doit avance ou reculer sa montre ?

Voici le truc suédois : « Sommartid: man ställer fram grillen. Vintertid: man ställer tillbaka grillen. » (= Heure d’été : on sort le barbecue. Heure d’hiver : on rentre

le barbecue.)

« Fram » veut dire « en avant » — donc on avance la montre d’une heure (et on ”perd” une heure. « Tillbaka » signifie « en arrière » — on recule donc la montre d’une heure (et on en ”gagne” une).

« Vintertid » est composé de « vinter » [vinetère] = hiver, et de « tid » [tide] = temps. « Sommar » [somare], si vous vous souvenez, est l’été.

en tid [ène tide] = un temps

tiden [tidène] = le temps

tider [tidère] = des temps

tiderna [tidèrena] = les temps

Attention, « tid » ne s’utilise que dans les notions de temps plus ou moins longues. Pour ce qui est du temps dans le sens météorologique, on dit « väder, ett väder, vädret ». Mais on parlera de la pluie et du beau temps un autre jour. 😉

Le mot de la semaine : « under jord »

La Vieille Ville de Stockholm est une mine d’or pour les historiens et archéologues fana du Moyen-Âge. De nombreux restaurants ont leur salle en sous-sol, dans d’anciennes caves voûtées aux murs de briques rouges.

Il y a des restes de vieux bâtiments, comme par exemple le couvent des frères dominicains, également appelés, en suédois, « svartbröderna » = les frères noirs, car ils portaient un manteau noir à capuchon, à la différence des « gråbröderna » = les frères gris, les franciscains, qui portaient un manteau gris.

Ce couvent fut fondé par le roi Magnus IV de Suède (1316-1371) en 1336 et détruit en 1407 par un incendie qui ravagea toute l’île. Il fut reconstruit puis finalement dissout par Gustav Vasa en 1528 au cours de la Réformation, pour entre autre réutiliser une partie du matériau de construction pour l’édification du château Tre Kronor (Trois Couronnes).

On croit que la cave du couvent, qui a survécu jusqu’à nos jours, fut utilisée comme refuge par des pèlerins. En effet, dans l’église attenante au couvent, il y avait un retable en argent doré (aujourd’hui disparu – peut-être fondu par Gustav Vasa pour le convertir en monnaie), représentant la descente de la croix. Ce retable s’appelait « Helga lösen » [‘hèlega leusène] car il avait la réputation de guérir si on venait y prier et promettre de faire pénitence.

Cette cave est maintenant gérée par le Medeltidsmuseum (musée du Moyen-Âge) de Stockholm qui y organise des visites guidées.

(Plus d’images ici)

« Under jord » [unedeure yourde] signifie « sous terre ».

Quelques mots dérivés de cette expression :

« underjorden » [unedeureyourdène] = sous-sol ou … les enfers

« underjordisk » [unedeure yourdiske] = souterrain

« att gå underjord » [ate gau unedeureyourde] = devenir clandestin

Le mot de la semaine : « tunnelbana »

Cette année, le métro de Stockholm fête ses 60 ans. Le samedi 16 octobre, il y avait à cette occasion une petite exposition et un orchestre qui jouait de la musique à la station de Slussen, une des trois premières stations à être inaugurée le 1 octobre 1950. Un bus vétéran faisait aussi l’aller-retour entre Slussen et le musée du tramway de Stockholm.

Ce musée, ouvert depuis 1944, expose une soixantaine de wagons de tramway, métro et bus retraçant ainsi l’histoire des transports en commun à Stockholm.

C’est un musée très sympa pour les enfants qui peuvent le traverser dans un petit train et qui apprécient sans aucun doute de se mettre aux commandes des divers wagons.

En 1958, une femme est pour la première devenue chauffeur de bus et l’uniforme comportait un pantalon. Les kiosques vendaient déjà le même genre de produits qu’aujourd’hui.

Le musée explique également le travail de SL (l’équivalent de la RATP) pour permettre au maximum de gens de prendre les transports en commun, quelque soit l’handicap : ouïe, vue, moteur, allergies. Voici par exemple l’évolution à travers les années, de droite à gauche, de l’accès aux bus, tramways et métro : deux marches, puis une, puis une rampe, puis à niveau avec le trottoir ou le quai.

Le tramway connaît une renaissance actuellement dans la capitale suédoise. L’ancienne ligne entre Dramaten et Skansen a été rénovée et prolongée cet été, et conduit désormais de Sergels torg au musée de Waldemarsudde. L’avantage du tramway sur le bus est qu’il transporte plus de passagers et est moins dépendant des problèmes de circulation.

Je suis rentrée du musée du tramway avec un bus à impériale datant de 1967. Assise à l’étage, tout à l’avant, j’ai pu admirer la ville d’un peu plus haut. Un tel bus est devenu rare dans le trafic de nos jours, et à sa vue, beaucoup de gens souriaient et sortaient leur appareil-photo. Tout comme moi. 🙂

Le mot de la semaine est formé des mots « tunnel » et « bana » = voie (éventuellement ferrée), rails. Il s’abrège souvent « t-bana ».

en tunnelbana [ène tunèlebâna] = un métro

tunnelbanan [tunèlebânane] = le métro

tunnelbanor [tunèlebânôre] = des métros

tunnelbanorna [tunèlebânôr(e)na] = les métros

Les mots de la semaine : « polska, svenska, franska… »

Il y a des circonstances dans lesquelles j’apprecie encore plus ma vie a l’epoque actuelle, l’ere de la technologie internet, celle-la meme qui me permet de ne pas priver mes fideles lecteurs de leur billet dominical desormais habituel, meme lorsque je suis en vacances. Par contre, mes lecteurs devront faire eux-memes l’effort de rajouter les accents la ou ils doivent etre, car je ne reussis pas a comprendre comment les faire sur un clavier polonais … (On ne peut pas tout avoir.)

Oui, je suis en Pologne, en vacances courtes — ou en week-end prolonge, c’est selon l’humeur 😉 — pour recuperer un peu apres ces dernieres semaines de folie. Je marche beaucoup et profite intensement  d’une ville etonnante et de ces parcs magnifiquement multicolores sous un soleil automnal a la lumiere chaude et caressante. J’ai eu le privilege de voir des ecureuils et des paons de tres pres (j’illustrerais de quelques photos des mon retour), j’ai eu le plaisir de decouvrir de nouvelles architectures innovantes et en meme temps puisant dans la tradition classique, je me laisse bercer de la langue chantante polonaise faute de pouvoir la comprendre (a l’exception de quelques mots par-ci par-la). Pourtant, j’ai fait un an de polonais a l’universite de Stockholm il y a cinq-six ans, mais mes connaissances d’alors sont bien enfouies quelque part dans mon cerveau …

Pourquoi la Pologne ? Pourquoi le polonais, cette langue si difficile ? Car je suis d’origine polonaise, tout simplement, et parce que j’ai passe quelques vacances d’ete dans ce beau pays a la nature sauvage, il y a de cela … 15 ans. Inutile de vous dire que je ne reconnais pas grand chose de la capitale, a part la Vieille Ville et l’incontournable Palais de la Culture. C’est donc pour moi l’occasion d’une re-decouverte, qui n’est pas sans charme. Si j’ai des souvenirs precis de la Pologne d’il y a 15 ans, ils sont surtout gastronomiques, mais je n’ai pas (encore) eu l’occasion de les revivre.

Les mots de la semaine font reference aux langues :

polska = polonais

svenska = suedois

franska = francais

engelska = anglais

Jag talar franska = Je parle francais.

Jag talar inte polska = Je ne parle pas polonais.

Le mot de la semaine : « inviga »

Deux ans de travail, dont un mois de montage acharné, ont abouti à une exposition grandiose, magnifique, époustouflante ! « Härskarkonst » en suédois, «Staging Power » en anglais, « Arts du pouvoir (ou des pouvoirs) » en français ou encore, comme l’écrit l’ambassade de France à Stockholm, « Le Pouvoir en Scène ». Le sous-titre est « Napoléon — Charles Jean — Alexandre », faisant ainsi référence aux trois souverains contemporains du premier empire français.

Les journaux parlaient de l’exposition avant même qu’elle ouvre. Les attentes sont élevées, les premières critiques sont bonnes, le suspens est presque intenable : on veut savoir ce que les gens en pensent, en bien ou en mal. J’ai hâte de connaître les chiffres de visite de ce premier week-end !

Cette dernière semaine a été celle des derniers détails, des dernières corrections (même on trouve encore des erreurs …), avant l’inauguration officielle le 29 et les vernissages pour le grand public le 30 septembre.

« Inviga » veut dire inaugurer ; « en invigning » est une inauguration.

han inviger [‘hane in(e)vigeure] = il inaugure

han har invigt [‘hane ‘har in(e)vig(e)te] = il a inauguré

han invigde [‘hane in(e)vig(e)dé] = il a inauguré

han ska invinga [‘hane ska in(e)viga] = il inaugurera

Mais qui est-il ? Sa Majesté le roi de Suède en personne, Carl XVI Gustav, puisqu’il patronne l’exposition et est un des prêteurs les plus importants avec une soixante d’objets (l’exposition en compte un peu plus de 400 au total). Oui, c’était « en kunglig invigning » [ène kungligue in(e)vigningue], une inauguration royale avec discours de la conservatrice en chef du musée, Solfrid Söderlind, du commissaire de l’exposition, Magnus Olausson (traduit en russe par ma collègue, puis en français par moi car il y avait des invités russes et français), puis du roi lui-même.

Pendant que le roi et la reine de Suède visitaient l’exposition au calme, avec une suite de quelques dizaines de personnes, le reste des invités socialisaient et papotaient dans l’escalier majestueux du Nationalmuseum, un verre de Dom Pérignon en main, avant de pénétrer dans les salles d’exposition.

Deux heures plus tard, après le départ des têtes couronnées, l’inauguration étaient suivie d’un dîner de gala, offert par l’un des sponsors, Moët Hennessy. Le menu ne pouvait en être que luxueux : conçu par Patrice Karlsson, chef de cuisine du restaurant du Nationalmuseum, et Pascal Tingaud, chef de cuisine Dom Pérignon, celui-ci mêlait des traditions historiques gastronomiques françaises et suédoises. Jugez plutôt :

Potage de haddock et crevettes grises à l’aneth
Un plat traditionnel suédois du XIXème siècle.
Pour le dîner, un potage était toujours servi en entrée.
Le haddock était un poisson très apprécié à la cour de Suède.
Dom Pérignon Vintage 2000


Selle de chevreuil, sauce poivrade, croûton de farce fine,
mousseline de céleri, pommes, cumberland et cèpes
Pays de tradition cynégétique, la Suède et la France
ont toujours servi de la venaison sur les tables royales et impériales.
Le sucré-salé a fait son apparition sous l’Empire.
C’est Bernadotte qui a fait connaître les cèpes en Suède
qui portent dans le pays le nom de Karl Johan.
Cheval des Andes 2006


Fromages, abricots secs, figues séchées, amandes et noix
Fromage de brebis de la vallée d’Ossau dans les Pyrénées,
région du Sud-Ouest de la France d’où Bernadotte était originaire.
Fromage de Suède ”Hammarby Blå” de la région de Roslagen.
Château d’Yquem Millésime 1998


Blanc-manger aux poires, pommes au four et glace à la vanille
Le blanc-manger est un plat classique de la cuisine sous l’Empire.
Carême (cuisinier de Talleyrand et de Napoléon, puis du tsar de Russie)
l’adapta pour le tsar en y ajoutant des poires.
L’arrivée de Bernadotte en Suède
a coïncidé avec l’introduction des glaces lors des repas
Sauternes, premier cru supérieur 1855


Café, thé
Hennesy Paradis (cognac)


Le repas était tout simple divin ! (Ma seule petite critique : les fruits séchés accompagnant le fromage semblaient tout droit sortis de leur sachet …) La compagnie à table était agréable et polyglotte : deux journalistes françaises, un diplomate suédois rattaché au consulat de France de Göteborg, une designer suédoise, un attaché culturel français, un premier maréchal de cour suédois, et une petite assistante d’exposition franco-suédoise. 😉

L’invité de première classe de la soirée était l’ancien président de la République, Valéry Giscard d’Estaing (proche de Moët Hennesy), qui n’a pas pu s’empêcher d’y aller de son petit discours, en anglais s’il vous plaît !

De telles fêtes sont extrêmement rares au Nationalmuseum — une telle exposition n’avait pas eu lieu depuis 12 ans ! — alors je pouvais bien me payer le luxe de me faire coiffer en ville pour être présentable à l’heure H. 🙂

Le mot de la semaine : « politiska partier »

Les Suédois, dont je fait partie depuis deux ans maintenant, ont voté dimanche dernier pour les législatives, les régionales et les municipales. Près de 95 % d’entre nous nous sommes réveillés lundi matin avec un goût amer dans la bouche et encore sous le choc des résultats annoncés la veille au soir : les Démocrates suédois (Sverigedemokraterna = SD), parti d’extrême-droite, avaient gagné 5,7 % des voix, et ainsi passé la barre des 4 % pour entrer au Riksdag, la Diète suédoise.

Depuis mercredi, après le recompte habituel des voix, nous savons maintenant le résultat officiel, mais pas encore la composition du gouvernement. Jugez des chiffres suivants :

L’alliance rouges-verts = 156 sièges

L’Alliance de droite (au pouvoir depuis 2006) = 173 sièges

Sur un total de 349 sièges, il ne manque que deux places à l’alliance de droite pour avoir la majorité et pouvoir former un gouvernement sans problème. Il y a éventuellement la solution de former un gouvernement minoritaire, mais cela risque de compliquer le travail des quatre années à venir. Il y a aussi la situation de parlementer avec les Verts pour former un gouvernement majoritaire avec eux. Sur plusieurs points, leur politique est relativement proche de celle de la droite, mais ils se sont de plus en plus rapprochés de la gauche au cours des dernières années. Accepter de coopérer avec un gouvernement de droite reviendrait à trahir de nombreux électeurs écologistes de gauche et cela nuirait bien sûr à la crédibilité du parti. Mais en même temps, que faire, quand il est clair — et heureusement !… — que l’alliance de droite refuse de coopérer avec l’extrême-droite ?

Beaucoup de questions et débats ont surgi cette semaine : Pourquoi cette victoire du SD ? Comment les sociaux-démocrates ont pu obtenir les pires résultats de l’histoire du parti ? Que faire maintenant ? Exclure le SD de certaines commissions parlementaires ? … Certains exigent de nouvelles élections, d’autres veulent faire appel, on entend dire que des électeurs auraient confondu ”Socialdemokraterna” et ”Sverigedemokraterna” et ainsi voté pour le ”mauvais” parti …

Le mot « ansvar » = responsabilité a connu, à mes yeux, une certaine inflation : SD veut prendre la responsabilité pour tout le pays, on demande aux Verts de prendre leur responsabilité et de se joindre à l’alliance de droite, l’alliance de droite doit prendre ses responsabilités et s’ouvrir vers la gauche, les sociaux-démocrates doivent prendre leur responsabilité et Mona Sahlin, leur leader, démissionner … Sincèrement, je crois que tous, les politiques et la population suédoise entière, doivent prendre leurs responsabilités : accepter le résultat et aller de l’avant, analyser pourquoi presque 6 % des Suédois votent SD, et prendre le débat de l’immigration à bras le corps et trouver des solutions aux problèmes qui font que certains Suédois en ont marre et se tournent vers l’extrême-droite ; par conviction ou pour protester, cela n’a pas d’importance, le résultat est le même.

Je ne crois pas que boycotter le SD soit la bonne solution. Maintenant qu’ils sont au parlement, ils faut les laisser participer aux débats aux mêmes conditions que les autres partis, de manière démocratique. Les exclure ne ferait que renforcer l’image de martyr qu’ils veulent volontiers faire circuler : censurés, brimés, persécutés, etc… Au final, je crois que leur programme politique se montrera de lui-même non-viable dans une société globalisée comme la nôtre et leur comportement anti-démocratique. Ils ne sont, somme toute, que 20 sur 349 (même si cela ne diminue pas la honte que de nombreux Suédois ressentent aujourd’hui).

Dans un domaine linguistique complètement dépourvu de couleur politique, le mot « ett parti » se comporte de manière inhabituelle car il se décline au pluriel comme s’il était un substantiv en « -en » :

ett politiskt parti [ète politiskte parti] = un parti politique

det politiska partiet [dète politiska partiète] = le parti politique

politiska partier [politiska partière] = des partis politiques

de politiska partierna [dé/dome politiska partièr(e)na] = les partis politiques

Le mot de la semaine : « kurir »

Dans 9 jours ouvre l’exposition « Härskarkonst (= Arts du pouvoir). Napoleon — Karl Johan — Alexander », la grande exposition de l’automne-hiver 2010 du Nationalmuseum, du 30 septembre au 23 janvier 2011 qui traite des arts en France, Suède et Russie à l’époque de Napoléon. Karl Johan fait référence à Jean-Baptiste Bernadotte qui fut élu prince héritier au trône suédois il y a 200 ans et Alexandre au tsar russe.

C’est l’exposition pour laquelle j’ai travaillé depuis début 2009. Au fur et à mesure que le temps a passé, l’intensité du travail a augmenté et elle atteignit son maximum il y a deux semaines et ne s’apaisera qu’après l’inauguration dans une semaine et demie.

La phase finale est le montage de l’exposition avec l’arrivée de plus de 400 objets aussi divers que peintures, sculptures, objets d’art, bijoux, costumes etc. Qui dit montage, dit convoyeurs.

en kurir [ène kurire] = un/e convoyeur

kuriren [kurirène] = le/la convoyeur

kurirer [kurirère] = des convoyeurs

kurirerna [kurirèrena] = les convoyeurs

Ma collègue d’origine russe se chargent des œuvres d’art et des convoyeurs provenant de Suède et de Russie, tandis que je m’occupe de celles et ceux de France et des autres pays (Allemagne, Danemark, Italie, Angleterre et États-Unis). Le musée de l’Ermitage, où l’exposition sera montrée de mars à juin 2011, livrait une cinquantaine de caisses il y a deux semaines et la première semaine de montage a donc était dominée par la visite de nombreuses convoyeurs russes (oui, que des femmes).

La semaine dernière, c’était presque trente caisses qui arrivaient de France et d’Allemagne. Tout a été installé la semaine dernière avec l’aide d’une dizaine de convoyeurs. La journée la plus longue fut celle de jeudi, de 9h à 19h30 (mais j’étais au musée depuis 8h) avec cinq convoyeurs. Nous redoutions la journée de montage de vendredi avec 23 œuvres du château de Fontainebleau, mais nous pouvions nous mettre en week-end à 17h30. Après tant de préparation, cela faisait très plaisir de voir tous ces objets se rassembler sur place et d’accueillir les convoyeurs avec qui j’étais en contact depuis quelque temps. Tous étaient satisfaits de leur séjour à Stockholm et c’est très gratifiant !

La semaine à venir sera plus calme pour ma part, avec l’arrivée de deux convoyeurs mercredi et vendredi, puis encore quatre le lundi 27 septembre, la veille de la présentation de l’exposition à la presse, l’avant-veille de l’inauguration officielle en présence du couple royal de Suède et du dîner de gala. Mais cela ne veut pas dire que l’on va se tourner les pouces pour autant : il faut encore installer les œuvres du musée et celles provenant des collections royales, puis faire les étiquettes, ce qui n’est pas une mince affaire. Mais je crois qu’on parviendra à respecter le deadline sans problème. On n’a pas le choix de toutes manières. 😉

Cette exposition est la plus grande exposition du Nationalmuseum depuis celle de « Catherine II et Gustave III » il y a 10 ans, ma première exposition, c’est dire si je ne suis pas peu fière ! 🙂

Le mot de la semaine : « upplevelse »

Nous sommes sept, cinq collègues, moi-même et une inconnue qui ne parle pas suédois. La guide s’adresse alors à nous en anglais et nous mène au deuxième étage du musée, où elle nous laisse à un homme qui nous fait signe de le suivre. Il se déplace à pas lents et silencieux ; nous ralentissons le rythme des nôtres et je regrette presque d’avoir des chaussures à talons qui claquent sur le paquet des salles du musée. Nous faisons ainsi le tour du premier étage, puis il nous fait descendre à mi-chemin dans l’escalier où des bancs nous sont réservés. Nous nous asseyons en silence, nous lançant quelques regards interrogatifs, mais confiants. Nous ne savons pas ce qui nous attend, mais nous n’appréhendons pas, au contraire, nous avons hâte de voir ce qui va se passer.

L’homme, qui avait disparu en bas de l’escalier, revient avec des écouteurs alignés sur un bras. Doucement, il les pose sur nos oreilles, nous isolant ainsi du monde sonore extérieur. Dès lors, nous n’entendons plus que des bruits enregistrés de pas et de conversations atténuées. Puis une voix, douce et agréable à écouter, nous donne des instructions. La femme inconnue se lève et commence à descendre les escaliers. Nous restons assis. Puis la voix me demande de suivre l’inconnue. Je comprends alors que nous n’entendons pas tous la même chose. Ou en tout cas, pas en même temps ; car mes collègues ne tardent pas à me suivre. L’inconnue s’est arrêtée derrière une femme longue et mince, vêtue d’une robe beige un peu stricte. On nous dit qu’elle est notre guide ; nous la suivons à travers les salles de mobilier de siècles passés ; la voix attire notre attention sur certains objets. Puis nous nous arrêtons ; on nous demande de fermer les yeux ; un bandeau est alors posé sur mes yeux par des mains invisibles.

J’ouvre les yeux et ne voit plus qu’une lueur blanche devant moi. À partir de ce moment-là, je suis complètement isolée de mes collègues. Quelques secondes plus tard, une main soulève doucement la mienne et m’entraîne. Ne voyant pas où je mets les pieds, mes premiers pas sont hasardeux et lents, mais peu à peu je me fie à la main qui continue à me mener. La voix m’incite à me baisser pour passer une porte, à tourner à droite ou à gauche, à m’arrêter là puis reculer ici … La main me quitte parfois mais revient toujours pour m’entraîner plus loin, plus haut, plus bas. Je ne sais plus où je suis … La voix et les bruits me suggèrent une grande salle où les pas résonnent ou une forêt où mes pieds foulent un chemin couvert de feuilles séchées …

De temps en temps des lumières colorées traversent le bandeau qui couvre mes yeux. On attire mon attention sur ma respiration, sur la lourdeur de mes pas, sur la lenteur de mes mouvements. Des gens se déplacent autour de moi, je sens leurs mouvements dans l’air qui m’entoure. Parfois je dois me déplacer seule, j’avance alors à tâtons, je frôle un mur froid ou une colonne hexagonale. Je ne suis définitivement plus dans la pièce où l’on m’a bandé les yeux, mais je n’ai aucune idée du chemin emprunté pour arriver dans cette pièce.

On me redemande de fermer les yeux ; le bandeau est oté ; puis on m’autorise à ouvrir les yeux. Je vois mes collègues autour de moi. La voix nous mène dans la pièce suivante où des gens sont allongés autour d’un tapis. Nous nous allongeons sur le tapis quelques minutes avant que les gens allongés autour de nous nous rejoignent autour du tapis pour nous signaler que nous sommes arrivés à destination. C’est seulement à ce moment-là que je comprends que l’inconnue fait en fait partie du ”groupe de mains” qui nous a guidé à travers les salles du musée.

Ceci était une répétition de ”Symphony a Missing Room”, une ”performance” faite dans le cadre de l’exposition ”Arbete pågår/Work in progress” qui explore de nouvelles formes d’exposition avec la lumière naturelle. L’expérience avait déjà eue lieu l’automne dernier et avait rencontré un grand succès. Elle avait même était nommée événement culturel de l’année 2009. Cet automne, toutes les places sont vendues avant même que la performance commence officiellement, du 7 au 19 septembre. C’est dire si le grand public guettait son retour !

”Symphony of a Missing Room” est l’oeuvre de Lundahl & Seitl, une expérience intéressante mettant en scène un milieu muséal, les membres d’un groupe d’artistes qui a composé les effets sonores et la chorégraphie à travers laquelle ils guident des visiteurs qui se laissent prendre au jeu. C’est une expérience, « en upplevelse » que je recommande chaudement, si vous avez l’occasion de les rencontrer. Ils se produisent en effet dans différents musées européens, toujours avec le même succès !

en upplevelse [ène upelévèlsé] = une expérience

upplevelsen [upelévèlsène] = une expérience

upplevelser [upelévèlsère] = des expériences

upplevelserna [upelévèlsèrena] = les expériences

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