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La phrase de la semaine : « Kalle Anka och hans vänner önskar God Jul »

Eh oui, depuis le temps que vous apprenez des mots et des verbes, je trouve que le moment est venu de passer au niveau supérieur : les phrases entières ! 🙂 Non ? Mais si ! On fait un essai cette semaine et vous me direz ce que vous en pensez, d’accord ? 😉

Décortiquons ensemble la phrase suivante, mot à mot :

« Kalle Anka och hans vänner önskar God Jul. »

« Kalle » [kalé] est le diminutif du prénom Karl. (Oui, d’accord, il n’y a pas moins de lettres que dans le prénom original, mais c’est comme ça, c’est tout.)

Un « anka » [an(e)ka] est un canard. Il s’agit donc d’un canard qui s’appelle Kalle (ou Karl ou Charles en français).

« och » [oque] veut dire « et ».

« hans » [‘han(e)sse] est un pronom possessif, masculin singulier, qui se rapporte à Kalle Anka = « son, sa, ses »

« vänner » [vènère] est la forme plurielle du substantif « vän » [vène] qui veut dire « ami ».

Le sujet est donc : Kalle le canard et ses amis.

Le verbe « att önska » [ate eun(e)ska] signifie « souhaiter ». Ici, il est conjugué au présent.

Et l’expression « God Jul » [goude yule], vous l’avez déjà rencontré sur le blog, il y a exactement deux ans. Vous ne vous en souvenez pas ? Alors je vous y renvoie ici …/… Ça y est, vous avez un petit bout de révision ? Bien ! Oui, cela veut dire « Bon Noël ».

Donc, si nous mettons tous les morceaux bout à bout, la phrase signifie : « Kalle le canard et ses amis souhaitent un Bon Noël. »

Mais qui peut bien être ce Kalle ??? Je vous donne un petit indice : Walt Disney … un canard de Walt Disney … Oui ! C’est Donald Duck ! 🙂 (Ne me demandez pas pourquoi il s’appelle Kalle en suédois, c’est comme ça, c’est tout.)

Cette phrase est le titre d’une émission télévisée culte que bon nombre de Suédois (moi y compris) regarde tous les ans, le 24 décembre (« julafton » [yulaftone] = veille de Noël), sur la première chaîne publique suédoise, SVT 1, à partir de 15h. C’est l’équivalent de « From All of Us to All of You ». C’est une des émissions suédoises qui a le plus d’audition (plus de trois millions de personnes) et qui est diffusée depuis 1960 ! En plus, à l’exception du dernier dessin animé, ce sont toujours les mêmes qui en font partie, mais ce sont vraiment des perles de Walt Disney. Voici le programme :

  • une scène de Cendrillon, quand les souris lui recousent sa robe de bal

  • une scène de la Belle et le Clochard, quand ils dégustent un plat de spaghettis en amoureux
  • une scène du Livre de la Jungle, quand Baloo rencontre Mowgli pour la première fois
  • une scène de Blanche-Neige, quand elle danse avec les sept nains

  • une scène de Robin des bois, quand il vole l’argent du roi et libère les pauvres emprisonnés

L’émission est devenue tellement populaire que le moindre changement au programme soulève un vent de protestation parmi les téléspectateurs, comme l’année où Ferdinand a été remplacé par le Vilain petit canard. Je dois dire que Ferdinand est le dessin animé que je préfère dans l’émission — peut-être parce que je ne l’avais jamais vu avant de venir en Suède et que je le trouve vraiment bien.

Alors, que pensez-vous de la phrase de la semaine ? 🙂

Au fait, j’espère que vous avez tous passé un bon Noël !

Ceci est le dernier billet de 2010. Rendez-vous dimanche prochain, en l’an 2011. Je vous souhaite dors et déjà une bonne Saint-Sylvestre !

Le mot de la semaine : « julbord »

La « julbord », ou buffet de Noël, est pratiquement une institution suédoise. Dès l’automne, les restaurants font leur publicité pour inciter les gens à réserver des tables au plus tôt, pour des repas qui sont servis à partir du premier week-end de l’avent ou dès le début de décembre, et ce jusqu’à Noël.

Le mot est composé de « jul » = Noël et de « bord » = table.

ett julbord [ète yulebourde] = un buffet de Noël

julbordet [yulebourdète] = le buffet de Noël

julbord [yulebourde] = des buffets de Noël

julborden [yulebourdène] = les buffets de Noël

La « julbord » traditionnelle propose des harengs marinés, du jambon des Noël, des boulettes des viandes, des saucisses, des pommes de terre, du « Jansons frestelse » (gratin de pommes de terre aux anchois), des salades de choux rouge etc… Mais depuis plusieurs années, on trouve de nombreuses variantes : de plus en plus de restaurants asiatiques, libanais, turcs ou grecs proposent leurs buffets de Noël.

Il est très courant que les employeurs invitent leurs collaborateurs à un repas de Noël, à midi ou en soirée. Cette année, ma chef d’équipe avait réservé une table pour dix personnes au restaurant du Moderna Museet qui, cette année, s’est inspiré de mets traditionnels des années 1970 pour les poissons, 80 pour la charcuterie, 90 pour les plats chauds et 2000 pour les desserts, en y rajoutant des touches typiques de Noël.

Voici le menu :

Appéritif :

« Glögg » (vin épicé et sucré) glacé aux airelles, accompagné de chocolat aux raisins secs et amandes

Années 1970 :

Cocktail de crevettes avec aïoli au safran

Salade de saumon fumé et moules

Omelette au four avec oignon et anchois

Gâteau-sandwich au hareng mariné

Pommes de terre avec crème au « kaviar »

Harengs marinés à l’oignon

Cubes de fromage « Herrgård »

Années 1980 :

Quiche à l’échalote

Pâté de gibier avec sauce Cumberland

Champignons marinés

Salade de pomme de terre à la crème

Plateau exotique : charcuterie d’agneau, de sanglier et de dinde, mangue, ananas et kiwi

Années 1990 :

Épeautre à la cannelle avec choux d’hiver

Brochettes de poulets au piment de Jamaïque

Choux de Bruxelles au four avec miel et fromage feta

Gratin de pommes de terre aux herbes

Saucisses (« prinskorv ») http://en.wikipedia.org/wiki/Prinskorv de gibier

Boulettes de viande de gibier

Chou-fleur en saumure

Années 2000 :

Mousse au chocolat

Poires au sirop à la cardamome et fruits secs

Crème au chocolat blanc à l’anis étoilé saupoudrée de baies soufflées

Meringue à la réglisse

Tartelettes au citron et à la crème à la cannelle

Pâtes de fruits, pralines et caramels

Ce repas de Noël entre collègues fut exquis et très agréable, avec, comme d’habitude lors que l’on déjeune au Moderna Museet, une vue magnifique sur Strandvägen. Dommage d’avoir une réunion planifiée juste après, sinon, j’aurais pris le temps de le savourer plus amplement…

Le mot de la semaine : Visby

Pour cette semaine, pas de grammaire ni de conjugaison, mais un peu de culture générale suédoise.

De lundi à mercredi, j’ai participé à une conférence sur le thème de l’exposition comme média, organisée par Riksutställningar, à Visby [vissebu] sur l’île de Gotland. Riksutställningar [rikssutstèll(e)nin(e)gare] est une agence publique au niveau national (« riks- ») fondée au milieu des années 1960 qui relève du Ministère de la Culture et dont la tâche consiste à produire des expositions (« utställningar ») itinérantes sur des thèmes de la vie et de la société contemporaines. Un des buts de cette agence est d’élargir l’accès à la culture à d’autres régions de Suède qu’aux seules grandes villes. Beaucoup de musées régionaux ont bénéficié du matériel, le plus souvent très pédagogique, crée par Riksutställningar. (Leur mission va changer à partir du 1er janvier 2011: ils vont désormais plutôt soutenir et former les employés des musées régionaux au niveau technique et pédagogique.)

En 2005, le gouvernement suédois décida de décentraliser de nombreuses administrations et agences publiques. Riksutställningar déménagea à Visby en 2007 et partage avec Riksantikvariämbetet [rikssantikvariéèm(e)bétète — ou RAÄ [r – a – è] pour faire plus simple ;-)] (Agence du patrimoine national) un nouveau bâtiment, spécialement conçu et construit pour les besoins de ces deux agences.

La conférence était très bien planifiée avec des interventions de 45 min sur des sujets très divers et aussi intéressants les uns que les autres : sponsorisation culturelle, pédagogie, prévention à l’incendie et autres risques pour les objets culturels (mobiliers et immobiliers), nouvelles techniques de communication (communautés sur internet, iPhone/téléphones androids), expositions internationales, etc… Les intervenants se tenaient vraiment aux trois quarts d’heure et on avait donc toujours 15 min pour se dégourdir les jambes, prendre une tasse de thé ou de café et se préparer à la prochaine intervention. Ce fut trois jours très intensifs (d’ailleurs la conférence s’appelait « intensivdagarna » [in(e)tèn(e)sivedagarna]) mais très instructifs et inspirants. J’apprécie ce genre de conférence, d’autant que mon travail est très administratif. J’ai besoin de stimulation un peu plus intellectuelle de temps en temps.

La conférence s’achevait mercredi vers 14h, après le déjeuner, et j’ai eu le temps de me balader un peu dans la vieille ville de Visby avant de reprendre le bateau pour Nynäshamn (banlieue sud de Stockholm) à 16h45. Visby a été fondée au Xème siècle sur l’île de Gotland qui, à cette époque, appartenait au Danmark. Le nom de la ville est composé de « vi » = « lieu païen » et de « by » = « ville » (ce dernier a encore la même signification en gotlandais ou gutnisk, danois et norvégien, tandis qu’en suédois, il veut dire « village »). Le centre historique de la ville — qui fait partie du patrimoine mondial de l’UNESCO — est très charmant dans son style médiéval et les remparts (« ringmur ») de plus de 4 km qui l’entoure est fascinant, de jour comme de nuit.

Visby est célèbre pour son festival médiéval et sa semaine politique d’Almedalen qui ont lieu chaque année, en été. L’île de Gotland est connu pour son microclimat, plus doux que sur la terre ferme (très apprécié des Stockholmois l’été), ses élevages de moutons (viande et laine) et l’utilisation variée du safran dans sa cuisine. Une des spécialités culinaires gotlandaise est le gâteau de riz au safran (« saffranspannkaka ») qui est servi avec de la crème fouettée et de la confiture de framboises bleues (« salmbär », Rubus caesius de son petit nom latin) : un délice !

Le mot de la semaine : « lager-på-lager »

Le mot de cette semaine est relaté à la météo actuelle : l’hiver est désormais bien installé en Suède et les grands froids se manifestent plus tôt que l’an dernier. (L’an dernier, les journaux parlaient de froid polaire ; cette année de froid russe. Je ne sais pas si c’est un effet de style ou des notions un tant soit peu scientifiques.)

Je ne m’en plains pas car je préfère la neige à la pluie. La neige éclaire les courtes journées suédoises, amortit les bruits, arrondie les formes urbaines et embellie la nature de manière presque magique.

La glace commence également à faire son apparition dans l’archipel. Les lignes de bateau passent aux horaires d’hiver plus tôt que l’an dernier. Jeudi, c’était la première fois que le ferry pour Skeppsholmen et Djurgården se frayait un chemin dans les glaces, peu épaisses certes, mais je jubilais. 🙂 Côté température, le minimum que nous ayons eu jusqu’à maintenant a été -17 degrés.

Les Suédois ont été un peu trop gâtés ces dernières années avec des hivers relativement doux, car les journaux ont cru bon de rappeler quelques bon conseils pour se parer contre le froid. Règle élémentaires : couvrir les extrémités, c’est à dire la tête = bonnet et les mains = gants. Et pourtant, j’en vois encore beaucoup sans bonnet et/ou gants. (Ne me demandez pas de vous fournir d’explications quant aux filles qui se promènent en chaussures à talons et doudoune ouverte sur un chemisier …)

Pour ma part, j’aime m’emmitoufler l’hiver. Le principal pour moi est de couvrir tous les endroits susceptibles de laisser passer le froid. J’applique la métode « lager-på-lager » [lâgeur pau lâgeur] = couche-sur couche, ou couches superposées.

Pour la partie inférieure du corps, leggings (collants sans pied), chaussettes (si possible longues jusqu’au dessus des genoux) et chaussettes en mohair pour bien isoler. Cela me permet de porter des jupes ou des robes même en hiver.

Pour la partie supérieure du corps, un débardeur à bretelles, un t-shirt à manches longues ou sous-pull, puis un pull. Les chauffes-poignets sont de saison et très pratiques quand on a peu froid aux mains à l’intérieur. Mes préférés pour le moment sont des mitaines qui couvrent toute la partie de l’avant-bras jusqu’à la paume de la main.

Quand je sors, j’enfile d’abord des gants en soie, volontiers par-dessus les mitaines pour bien couvrir les poignets. Une écharpe autour du cou qui peut éventuellement couvrir le nez s’il fait en-dessous de -10 degrés. Puis un manteau d’hiver en laine, long, qui couvre une bonne partie des jambes, et une cape. Enfin un bonnet et des moufles. Et bien sûr des bottes fourrées. Si j’ai un pantalon, je le rentre dans les bottes pour qu’il ne se salisse pas dehors. Si le vent souffle, je rabats la capuche sur le bonnet.

Je peux ainsi affronter (presque) n’importe quelles conditions météorologiques. L’avantage des gants de soie, c’est qu’on peut momentanément retirer les moufles pour saisir son téléphone portable ou sa carte de bus sans se geler les doigts instantanément.

L’avantage des moufles, c’est que les doigts se réchauffent entre eux (même avec les gants de soie). On peut aussi glisser la carte de bus magnétique dans un des moufles pour ne pas avoir à la sortir et remettre dans le sac ou la poche.

L’avantage des couches superposées relativement peu épaisses, c’est qu’on peut continuer à s’habiller comme on a l’habitude de le faire en automne ou au printemps, sans ressembler à Bibendum et tout en gardant une certaine liberté de ses mouvements.

Le seul problème que je vois, c’est que ça prend plus de temps à se préparer à chaque fois qu’on se prépare à sortir. Mais l’hiver est tellement beau en ce moment que je ne peux pas m’empêcher de sortir pour en profiter au maximum, et il faut donc que je me couvre bien.

Le mot de la semaine : « vandra »

Le verbe « att vandra » veut dire « randonner » et se conjugue ainsi :

jag vandrar [jâgue van(e)drare] = je randonne

jag har vandrat [jâgue ’hare van(e)drate] = j’ai randonné

jag vandrade [jâgue van(e)dradé] = je randonnais

jag ska vandra [jâgue ska van(e)dra] = je randonnerai

Une randonnée = « en vandring (-en, -ar, -arna) » [ène van(e)dring]

Ce week-end, j’ai renoué avec une de mes activités préférées : les longues promenades, des randonnées dans la nature. Plus jeune, j’ai beaucoup randonné en montagne, dans les Alpes françaises et les Tatras polonaises. En Suède, du temps où mes beaux-parents avaient encore leur chien, j’en profitais souvent pour faire de longues promenades en forêt. Pendant un moment, j’ai fait de la marche nordique. Il y a des périodes dans la vie qui vont et viennent comme ça. On entreprend quelque chose, puis on arrête car on passe à autre chose…

Mais quand j’ai vu que Friskis & Svettis, la grande association sportive suédoise, organisait un week-end de randonnée-mindfulness à Tyresö, je n’ai pas réfléchi longtemps avant de saisir le téléphone pour m’inscrire. Le point de départ est à 10 min en bus de chez moi, et en plus c’est gratuit.

Mais le mieux dans tout ça, ce sont les paysages que nous avons traversé sous une météo très clémente, malgré -10 degrés de température. Avec un collant, de longues chaussettes et un pantalon épais pour le bas, un sous-pull et un pull en laine pour le haut, sans oublier le manteau, le bonnet et les moufles, j’étais parée. Aux pieds, des bottes dotées de crampons pour éviter des glissades non-désirées. Le casse-croute bien au frais dans le sac à dos et l’appareil-photo dans la poche, et j’étais prête à partir à la découverte de Tyresö sous la neige.

Nous somme partis de l’auberge de jeunesse de Tyresö, qui se trouve à côté du château de Tyresö, à l’endroit même où le prince Eugène avait sa résidence d’été (aujourd’hui, réception de l’AJ). Nous avons commencé par des excursions d’une heure ou deux dans le parc du château, parc très populaire en été et bondé au moment de la Midsommar. Mais toujours beau, quelque soit la saison ! L’avantage de l’hiver, c’est le calme et la sérénité qui y règne.

Nous avons aussi randonné autour du lac Fatburen samedi et autour du lac Alby dimanche (5 heures). Il avait beaucoup neigé la nuit de samedi à dimanche et à bien des endroits, nous étions les premiers à fouler la neige tout fraîche. Un sentiment bien particulier, dans cette forêt qui donne à comprendre l’origine des contes et légendes suédois et de leurs trolls.

On a enjambé des troncs, des petits ruisseaux, nous nous sommes baissé pour passer sous des branches de sapins, nous avons escaladé des rochers. Nos jambes pouvaient parfois disparaître dans 30 centimètres de neige. Si nous tombions, c’était au ralenti et la chute était amortie par la couche de neige.

Admirer ses étendues blanches à l’infini, voir les sapins ployer sous le poids de la neige et les flocons tomber tout doucement autour de soi.

Entendre le crissement des pas dans la neige, des oiseaux piailler au loin, le vent chuchoter dans les arbres dénudés.

Sentir la fraîcheur de l’air sur le visage, tandis que la chaleur se répand autour des doigts dans les moufles.

Après ce week-end, je comprends entièrement l’amour des Suédois pour la nature. Personne ne peut rester indifférent devant tant de beauté, de calme et de sérénité.

Le mot de la semaine : « brygga »

Rättvik [rètevik], en Dalarna (Dalécarlie), est connue pour son « långbrygga » [longuebruga] = long pont. Il se jette sur 628 m de long dans le lac Siljan et mène à une petite île qui, de 1895, date de sa construction, à 1950 environ servait d’embarquement à un bateau à vapeur.

Dans les années 50, il était en tellement mauvais état qu’une rénovation était devenue nécessaire mais la commune n’avait pas les moyens de le faire. La communauté entière a alors lancé une action pour financer les travaux : tout un chacun pouvait faire un don de 500 couronnes pour acheter des planches de construction (au total 2 938) et avoir en échange son nom gravé sur l’une d’elles. L’action a eu un tel succès (même en dehors de la Suède !) que la commune a désormais un nombre conséquent de planches en réserve pour les rénovations futures ! Un exemple de solidarité qu’on voudrait voir s’étendre à d’autres domaines… Le nouveau « långbrygga » pouvait être ré-inauguré le 6 juin (fête nationale) 1994.

Le poète Bo Bergman a dit du pont qu’il était ”presque aussi long que l’éternité”. Personnellement, je l’ai trouvé d’une longueur tranquille et la promenade que j’y ai faite était agréable et sereine. Je me l’imagine facilement en été : en journée, plein de vie avec des familles et des enfants plongeant dans l’eau du lac et profitant du soleil ; à la nuit tombante, calme avec des couples s’y promenant paisiblement.

en brygga [ène bruga] = un pont(on)

bryggan [brugane] = le pont(on)

bryggor [brugore] = des pont(on)s

bryggorna [brugor(e)na] = les pont(on)s

Une spécialité dalécarlienne

Lors de mon séjour de ce weekend en Dalécarlie, j’ai eu l’occasion de goûter au « kolbulle » [kaulebulé]. C’est une sorte de galette plus ou moins épaisse faite d’eau et de farine et fourrée au lard. Au marché de Noël où ils (elles ?) étaient vendu(e)s, on pouvait les tartiner de « messmör » et de confiture d’airelles.

C’était autrefois un plat consistant pour les charbonniers (« kolare » en suédois, « kol » = charbon, d’où le nom du plat) qui travaillaient en forêt, et de plus pratique à préparer car ils n’avaient pas la possibilité de conserver des aliments frais. Cette galette était frite dans de la graisse de porc (aujourd’hui, on utilise du beurre ou de la margarine) dans des poêles en fonte sur un feu de camp.

Le « messmör » [mèss(e)meure] (« smör » = beurre) est une pâte à étaler faite à base de petit-lait (de vache ou de chèvre) caramélisé. (On peut également en faire du fromage = « ost » [ouste] qui s’appelle alors « mesost »). Le « messmör » est une spécialité du Jämtland (Lempterland en français) qui est une région du grand nord suédois (Norrland).

Voici une des recettes (les variantes sont légions) de « kolbulle » :

Pour 4 portions :

• 4 dl de farine, par exemple 2 dl de farine de blé et 2 dl de farine d’orge, ou aux 4 céréales

• 6 dl d’eau

• 1 c. à c. de sel

• 400 g de lard

1. Mélangez la farine et l’eau de manière en faisant attention de ne pas former de grumeaux. Laissez reposer un moment si vous avez le temps.

2. Faites revenir les morceaux de lard dans une poêle en fonte. (De nos jours, il n’est, à mon avis, point besoin de rajouter de la graisse de porc pour faire cuire la galette. La graisse du lard suffit à ne pas faire attacher.)

3. Versez la pâte à galette de manière à recouvrir les morceaux de lard. Laissez cuire jusqu’à ce que la galette se détache de la poêle et retournez-la pour cuire l’autre côté.

4. Servez chaud, éventuellement accompagné de « messmör » et de confiture d’airelle.

Le mot de la semaine (dernière…) : « försenad »

C’est dimanche, je suis assise à la table de la cuisine et fais les mots croisés du Dagens nyheter de vendredi quand soudain, je lève les yeux pour regarder l’heure et me rends compte qu’il est 13:58. J’ai une séance de spinning/mindfulness de l’autre côté de Stockholm qui commence dans une heure et deux minutes !

Panique ! Vérifier que le sac de sport est prêt, enfiler les chaussures, le manteau et filer au plus vite attraper le premier bus qui vient. Un dimanche, ils ne passent pas toutes les dix minutes … Une fois dans le bus, j’essaye de me calmer un peu et de me raisonner : je ne peux pas faire avancer le bus plus rapidement, il faut que je me rende à l’évidence, j’arriverai en retard… Je serais « försenad ».

À Gullmarsplan, je prends le métro … qui s’arrête à Odenplan (grrr) où je dois de nouveau changer et prendre le métro suivant jusqu’à Lindhagen. J’y arrive à 14:58. De là, je me dépêche autant que je peux, dans des rues déjà plongées dans la nuit hivernale et vides de gens.

J’arrive au Friskis & Svettis, me déchausse, retire mon billet, monte au vestiaire, me change en quatrième vitesse, cadenasse mon casier, remarque que j’ai oublié d’y laisser mes gants et de prendre ma bouteille d’eau, le rouvre, fais l’échange, le referme. Passe rapidement aux toilettes, remplis ma bouteille d’eau, descend à la salle de spinning, fait une entrée la plus discrète possible, trouve un vélo libre tout au fond de la séance, m’y assieds et commence à pédaler.

J’ai loupé les quinze premières minutes d’échauffement mais d’un autre côté, mon stress y équivaut peut-être… Je me concentre à 100 % sur la musique, rentre dans le rythme et bientôt vient mon morceau préféré : « Pierre et le Loup » de Prokofiev, où le tempo augmente peu à peu comme dans un boléro. Je jubile !

J’ai malgré tout gardé ce sentiment de retard toute la journée et le soir arrivé, je me devais d’accepter le fait que je n’aurais pas le temps d’écrire pour le blog. Le blog était lui aussi « försenad ». Mais « bättre sent än aldrig » = mieux vaut tard que jamais. Ceci est le mot de la semaine que j’avais compté publier dimanche dernier et auquel j’ai pensé toute la semaine, avec un peu de mauvaise conscience, je dois dire — car j’ai des lecteurs fidèles à la limite de la dépendance. 😉

« Försenad » est composé de la préposition « för » [feur] = trop + « sent » [sèn(e)te] = tard. L’expression « för sent » [feurchèn(e)te] existe d’ailleurs et veut dire = trop tard. Être en retard/retardé se dit « att vara försenad » [ate vara feurchénade]. Au pluriel, on dit « försenade » [feurchénadé]. Un retard est « en försening (-en, –ar, –arna) » [ène feurchéning].

Le mot de la semaine : « kurs »

J’aime faire la cuisine, j’aime faire de la pâtisserie, j’aime aussi faire du pain. Depuis pas mal de temps, je me disais qu’il fallait que je me mette au pain au levain, mais ça a prit du temps avant que je me lance dans cette aventure. J’avais entendu dire que c’était assez compliqué et j’avais peur de rater.

Des fours anciens … et des fours modernes


J’ai raté … Pas mal de fois … Au début, j’étais assez satisfaite du résultat, puis je suis partie en vacances, j’ai mis le levain au congélateur, et après l’avoir décongelé à mon retour, j’ai raté tous mes pains. Ils étaient mangeables, mais ne levaient pratiquement pas à la cuisson et le résultat était compact, très compact… Mais je ne m’avoue pas vaincue si facilement !

Une pelle à farine (au moins 1 kg) et des bannetons en osier prêts à l’usage


Au début de cet automne, j’ai vu que Saltå Kvarn [saltau kvarne], un moulin qui produit des farines biodynamiques (entre autres : ils vendent aussi des pâtes, du riz, du pain, des conserves etc…), organisait des cours pour apprendre à faire du pain au levain. J’ai fait ni une ni deux, j’ai envoyé un mail pour dire que j’étais intéressée et je me suis inscrite.

Des seaux de cultures de levain prêts pour la nuit … une culture de levain de seigle … la poolish pour les baguettes


Mon « sambo » était aussi intéressé, mais il n’y avait plus de place, à part celle de l’assistant du maître-boulanger, et elle était gratuite ! Nous voilà donc tous les deux partis dans l’aventure du pain au levain !

La fabrication des baguettes de A à Z :

<— Pétrissage de la pâte

Après la première levée, la pâte est retournée sur la table de travail … Début de formation des baguettes

Les baguettes lèvent … Incision avant enfournage … Après cuisson

Saltå Kvarn est situé à Järna, dans la commune de Södertälje, à une cinquantaine de km au sud-ouest de Stockholm. Cela fait partie du grand Stockholm et nous y sommes allés en transport en commun : bus, métro, train de banlieue, bus, une bonne heure et demie au total. Pour la nuit, nous avions réservé une chambre dans une auberge de jeunesse ”du coin”. (Je reviendrais sur ce détail plus tard…)

La pâte des pains de seigle sur la table … dans les banettons après la mise en forme

L’enfournage … Après cuisson

Le cours commençait vendredi à 14 h et finissait samedi à 15 h. Il comportait de la théorie et de la pratique. Vendredi après-midi, nous — 11 personnes de tous âges, dont 3 hommes — mettions en route les levains (à la farine de blé, au seigle et une poolish) et préparions les ingrédients pour la séance du lendemain.

Mise en moule des pains de seigle et d’orge … à la sortie du four … après démoulage

Samedi matin, nous débutions à 8h. Le maître boulanger, Manfred Enoksson, allemand d’origine travaillant à Saltå Kvarn depuis 15 ans, nous instruisit dans l’art de son métier qu’il pratique avec beaucoup d’engagement. Contrôler l’évolution des divers levains, mélanger les levains aux autres ingrédients, reconnaître à sa consistance une bonne pâte, former les pains, contrôler la levée, puis la cuisson.

Les pains paysans russes … Les sacs de pains des participants … De retour à la maison

Nous avons fait des baguettes, des pains paysans russes, des pains de seigle et des pains au seigle et à l’orge. Nous sommes repartis chacun avec un sac en papier rempli de pains (plusieurs de chaque) ainsi que trois cultures de levain différentes: blé, seigle et épeautre. La balle est maintenant dans notre camp : c’est à nous de prendre soin de nos cultures et à nous entraîner à faire de bons pains aérés et croustillants ! 🙂

en kurs [ène curche] = un cours

kursen [curchène] = le cours

kurser [curchère] = des cours

kurserna [kurchèrna] = les cours

Pour préciser de quel cours il s’agit, on construit souvent un mot composé. Dans le cas actuel, on peut par exemple dire : « surdegsbakningskurs » [surdègue-s-bakning-s-curche] = cours de pain au levain (à peu près). Ou un raccourcis : « surdegskurs » [surdègue-s-curche] = cours de levain (?)

Le mot de la semaine : « vintertid »

Une heure de plus ce week-end, j’aime ! 🙂

Cette nuit, l’Europe entière a reculé ces horloges d’une heure de sorte qu’il est, au moment où j’écris, 18 heures au lieu de 19 heures. Le soleil se lève plus tôt, mais se couche aussi plus tôt, et ici, ça se remarque vraiment : vers 16 heures, il commence sa descente et il fait maintenant nuit noir depuis un petit moment. J’attends avec impatience le premier de l’avent où toutes les fenêtres s’illumineront d’étoiles et de chandeliers électriques.

N’empêche, j’apprécierai vraiment de voir la lumière du jour demain matin, à mon réveil vers 6 heures. 🙂

Mais comment fait-on pour savoir si on doit avance ou reculer sa montre ?

Voici le truc suédois : « Sommartid: man ställer fram grillen. Vintertid: man ställer tillbaka grillen. » (= Heure d’été : on sort le barbecue. Heure d’hiver : on rentre

le barbecue.)

« Fram » veut dire « en avant » — donc on avance la montre d’une heure (et on ”perd” une heure. « Tillbaka » signifie « en arrière » — on recule donc la montre d’une heure (et on en ”gagne” une).

« Vintertid » est composé de « vinter » [vinetère] = hiver, et de « tid » [tide] = temps. « Sommar » [somare], si vous vous souvenez, est l’été.

en tid [ène tide] = un temps

tiden [tidène] = le temps

tider [tidère] = des temps

tiderna [tidèrena] = les temps

Attention, « tid » ne s’utilise que dans les notions de temps plus ou moins longues. Pour ce qui est du temps dans le sens météorologique, on dit « väder, ett väder, vädret ». Mais on parlera de la pluie et du beau temps un autre jour. 😉